Côte d'Ivoire, une présidentielle comme test de stabilité
20 octobre 2025
Le 25 octobre, plus de 8,7 millions d'électeurs sont appelés aux urnes en Côte d'Ivoire, pour un scrutin présidentiel à fort enjeu, mais sans réel suspense.
Le président sortant, Alassane Ouattara, du RHDP, reste en effet le grand favori.
Fort de son expérience et d'un appareil d'État bien rodé, il avance confiant, mais sa candidature à un quatrième mandat, jugé controversé, divise l'opinion.
Face à lui, Simone Ehivet Gbagbo, l'ex-Première dame, se veut la voix de la réconciliation nationale. Toutefois, son camp reste fragmenté.
Autre prétendant : Jean-Louis Billon, un homme d'affaires et ancien ministre. Il joue la carte du renouveau, mais son principal défi reste le manque d'ancrage populaire.
L'ancien cadre, Ahoua Don Mello, et la candidate indépendante, Henriette Lagou Adjoua, complètent la liste. Deux candidatures symboliques, à la portée limitée.
Plusieurs personnalités exclues
Le scrutin se tient aussi dans un contexte tendu, marqué par l'exclusion de personnalités comme Laurent Gbagbo, inéligible en raison d'une condamnation pénale, ou de Tidjane Thiam, inéligible, pour sa part, en raison de sa nationalité française à laquelle il a renoncé trop tard.
À quelques jours de l'élection, les rues d'Abidjan se sont parfois remplies de manifestations sporadiques, à l'image d'une démocratie encore fragile.
Mais le gouvernement ivoirien vient d'interdire, vendredi dernier, pour une durée de deux mois, toute manifestation ou réunion de partis politiques, à l'exception de ceux des cinq candidats qualifiés pour l'élection présidentielle.
Des échos dans la sous-région
C'est la stabilité de la région ouest-africaine qui se joue dans ce scrutin, estime Alkassoum Abdourahamane, un analyste politique nigérien:
"Les élections pour cette année en Côte d'Ivoire constituent un vrai test de stabilité, pas seulement pour la Côte d'Ivoire, mais aussi pour la Cédéao, sachant qu'aujourd'hui, quand on regarde la validation des listes, il y a une exclusion qui a été faite. Donc il y a eu quatre candidats outsiders, dont deux indépendants, qui se sont joints sur la liste des candidats valides pour accompagner la victoire éventuelle d'Alassane Ouattara pour un quatrième mandat."
Cette tension fait redouter un retour aux heures les plus sombres de la crise postélectorale de 2010, et certains craignent une résurgence des divisions ethniques et partisanes.
"La tenue de l'élection présidentielle va au-delà du choix du prochain président, déclare à la DW Landry Kuyo, analyste ivoirien. C'est soumettre le peuple de Côte d'Ivoire à l'exercice, selon lequel il devrait se décider sur le mode d'accession au pouvoir. C'est un test de renouvellement des instances dirigeantes. Est-ce que le peuple de Côte d'Ivoire admet qu'il n'y a qu'une seule voie qui et celle de l'élection, ou est-ce que le peuple de Côte d'Ivoire admet qu'il y a autres moyens que l'élection ?"
Mais si le vote du 25 octobre dégénère, c'est toute la sous-région qui pourrait en subir les conséquences. Les Ivoiriens le savent : ce scrutin est bien plus qu'une élection, c'est un tournant pour leur avenir et celui de l'Afrique de l'Ouest.