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ConflitsUkraine

Quatre ans de guerre et les Ukrainiens tiennent bon

23 février 2026

L’hiver le plus rude de ces quatre dernières années s’est abattu sur les Ukrainiens. Malgré les tirs, la destruction de leurs installations énergétiques et les incertitudes des négociations, ils n'abandonnent pas.

Ukraine Kyjiw 2026 | Feuerwehrleute löschen Brand nach russischem Raketenangriff in Sofiivska Borshchahiwka
Image : Diego Fedele/Getty Images

Les Ukrainiens vivent l'hiver le plus rude de ces quatre dernières années, mais ne baissent pas les bras. Comment font-il ?

Pas prêts à capituler

88% des Ukrainiennes et Ukrainiens interrogés estiment que la Russie veut, par ses bombardements sur les infrastructures énergétiques de l'Ukraine, faire plier la population et obliger les autorités ukrainiennes à capituler

65% des personnes interrogées se disent pourtant prêtes à supporter la guerre aussi longtemps qu'il le faudra. C'est ce qui ressort d'un sondage publié début février 2026 par l'Institut international de sociologie de Kiev (KIIS). 

En septembre et décembre 2025, seuls 62% des sondés défendaient cette opinion.

Pourtant, l'hiver 2025-2026 est particulièrement rude et l'armée russe bombarde massivement les installations énergétiques de l'Ukraine, afin de perturber voire couper l'approvisionnement en courant électrique, en eau potable et en chauffage à la population ukrainienne, notamment dans la capitale Kiev. Et ce, par des températures qui peuvent descendre jusqu'à -25°C.

Les civils souffrent des destructions, du froid, des pannes de courant... mais continuent d'espérer un retour à la paixImage : Ethan Swope/Getty Images

"Le mois de janvier n'a accru ni ma détermination ni ma rage, car, depuis 2022, ma détermination et ma rage sont au maximum. Nous vivons simplement en ce moment une nouvelle étape d'un combat particulièrement difficile que nous gagnerons quoi qu'il arrive." 

Voilà ce que déclare Julia, une habitante de Kiev, à la DW. Son mari, avec qui elle a une fille, est à la guerre depuis 2024. "Ce qui m'aide le plus à rester ferme, c'est ma colère, mais aussi le fait de savoir qu'il n'y a pas d'autre choix. Tout autre comportement que celui de rester ferme serait nettement pire", continue cette femme. 

"Il n'est pas question de justice, mais de survie"

Anton Hruschezkyj, le directeur du KIIS, déclare, dans une interview à la DW, que l'un des principaux facteurs qui expliquent la résistance des Ukrainiennes et des Ukrainiens est leur conviction que la guerre que leur mène la Russie est une guerre existentielle. Pour la population attaquée, il ne s'agit donc pas simplement de se faire justice, mais bien de survivre.

"Les Ukrainiens font preuve d'une grande force de résistance depuis le début du conflit. D'un côté, ils sont épuisés et ouverts à certaines concessions difficiles. Mais de l'autre, ils tiennent à maintenir certaines lignes rouges à ne pas franchir." 

Toujours selon Anton Hruschezkyj, les tentatives russes de rendre cet hiver particulièrement insupportable à la population ukrainienne n'ont en rien entamé sa détermination. Le sociologue ajoute que les Ukrainiens parlent dorénavant de "Kholodomor", un mot qui s'inspire de l'"Holodomor". 

Ce concept de "Tuer par la faim" renvoie en ukrainien à la terrible famine politiquement organisée et planifiée des années 1932-1933 qui a fait plusieurs millions de morts. Le "Kholodomor", lui, établit un parallèle qui signifie "Tuer par le froid".

La psychologue Kateryna Kudrschynska souligne pour sa part l'état d'épuisement des Ukrainiennes et des Ukrainiens, soumis à un stress chronique : "Cela ronge le corps, le système nerveux et la santé mentale", explique-t-elle. Selon cette médecin, la capacité de la population à résister à la violence s'explique aussi par un facteur psychologique : après avoir tant perdu, on ne veut pas abandonner ce qui nous reste.

Les Ukrainiens veulent croire qu'une victoire est encore possibleImage : Chris McGrath/Getty Images

"Je veux reconstruire mon pays"

"Nous voulons tenir le coup parce que si on se rend, ce sera encore pire quand on sera gouvernés par les Russes", explique Natalia. Cette étudiante est venue sur la Place de l'Indépendance, à Kiev, pour planter un drapeau en hommage à son père, au monument improvisé en l'honneur des soldats tombés au combat. Son père s'est fait tuer récemment dans la région de Donetsk. 

La jeune femme reconnaît qu'elle a parfois du mal à gérer cette situation, entre la perte de son père, les conditions de vie extrêmes au quotidien et les inquiétudes quant à l'avenir du pays.

"Je puise ma force dans l'idée que je vis pour mon père qui, lui, voulait vivre et bâtir un avenir avec sa famille. C'est pour lui que je n'ai pas le droit de baisser les bras. L'Ukraine a un avenir, j'en suis certaine", assure Natalia, qui a fui son pays au début de la guerre avant d'y revenir un peu plus tard. "L'Ukraine est mon chez moi, je ne veux pas la quitter. Je veux reconstruire mon pays.", explique-t-elle.

Olha, de Kiev, veut rester elle aussi : "Je ne peux pas prendre mon enfant par la main et fuir. Ce serait une trahison vis-à-vis de mon mari qui se bat au front ", déclare-t-elle. Son mari s'est engagé comme volontaire dès le début de l'invasion russe. Il se trouve actuellement en mission dans la région de Pokrovsk et ne rentre pas souvent à la maison, regrette sa femme qui élève seule leur fils de deux ans, en plus de son travail.

Selon elle, beaucoup d'Ukrainiens espèrent la fin de la guerre. Ils observent des signes qui trahissent des problèmes économiques en Russie et fondent leurs espoirs d'une issue heureuse sur l'échec de la Russie, durant ces quatre années de guerre, à remporter des victoires militaires de grande ampleur.

L'Allemagne soutient l'Ukraine depuis le début du conflitImage : Markus Lenhardt/dpa/picture alliance

L'ambiance parmi les soldats au front

Serhij (nom modifié) s'est engagé volontairement dans l'armée il y a quatre ans, comme ambulancier. Plusieurs raisons attaquent la motivation et la force intérieure, dit-il. Par exemple le fait de ne pas avoir de durée de service claire, ni tellement d'occasions de bénéficier d'une permission, ou encore le peu de moyens financiers à disposition pour entretenir les soldats qui sont à l'arrière.

Kyrylo (nom modifié), transmetteur radio de l'armée de terre, affirme pour sa part que ses camarades se sont habitués à ne pas avoir de moments de repos : "On a tellement pris le pli qu'on ne sait même plus comment c'était avant. Au début, on avait encore des projets d'avenir, mais plus maintenant. Mais attention, je ne parle pas de pessimisme. C'est plutôt qu'on se dit que ce qui doit arriver, arrivera. Une sorte d'humilité, pas du défaitisme". Il regrette que l'ambiance dans l'armée ait été égratignée par des scandales de corruption au sein du gouvernement et par des cas de détournement de fonds dans l'industrie de l'armement. Ce genre d'affaires, poursuit Kyrylo, donnent le sentiment d'être trahi. 

"Quand je sens ma motivation baisser, c'est la discipline qui m'aide à tenir, et la conviction que l'Ukraine n'existera peut-être plus dans l'avenir en tant que nation, en tant qu'identité, si nous ne continuons pas à nous battre", explique "Mos", soldat membre d'un régiment de drones. Lui aussi déclare avoir frôlé le burnout et a dû lutter contre le découragement. Mais la conscience qu'il n'y avait pas d'alternative l'a aidé, dit-il.

Un avenir meilleur pour l‘Ukraine

D'après le sociologue Anton Hruschezkyj, la force de résistance des Ukrainiennes et des Ukrainiens, au bout de ces quatre années de guerre, s'explique aussi par le soutien continu des partenaires européens et la conviction que le monde progressiste s'est rangé du côté de Kiev. 

"La souffrance d'aujourd'hui est vue comme un investissement pour un avenir meilleur", explique-t-il avant de poursuivre : "Nos dernières études montrent que plus de 60 % des personnes restent optimistes et croient que l'Ukraine sera un membre prospère de l'Union européenne, d'ici une dizaine d'années." 

Comment un étudiant togolais s'est retrouvé piégé en Ukraine

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Mercenaires africains

Alors que la guerre entre la Russie et l'Ukraine s'enlise, Moscou a par ailleurs intensifié le recours à des combattants africains. Ces recrutements sont rendus possibles par un mélange de précarité sociale, de tromperies et de pressions.

Selon plusieurs enquêtes et des données issues de services de renseignement, plus de 1 400 ressortissants d'environ 35 pays africains ont été engagés dans les rangs russes depuis 2023, souvent attirés par de fausses promesses d'emplois ou de salaires élevés, ou encore enrôlés via des réseaux liés à des sociétés militaires privées comme l'Africa Corps (ex-Wagner).

Les témoignages recueillis décrivent des conditions extrêmes : de nombreuses recrues sont envoyées en première ligne comme chair à canon, avec un taux de mortalité dépassant 20 %, tandis que certains gouvernements africains tentent désormais d'alerter leurs ressortissants face à ces contrats que certains assimilent à une "peine de mort". 

Ce phénomène, qui touche notamment l'Égypte, le Cameroun, le Kenya ou l'Afrique du Sud, soulève des inquiétudes grandissantes quant aux ramifications de ces réseaux sur le continent africain.  

 

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