La Guinée peut-elle profiter de son or raffiné localement ?
2 novembre 2026
Cérémonie d'inauguration en grande pompe dans la capitale guinéenne ce dimanche 1er novembre : Comptant parmi les princpaux pays producteurs d'or psur le continent, la Guinée a désormais aussi sa raffinerie. "Si notre pays figure parmi les produteurs d'or importants en Afrique de l'Ouest, la valeur ajoutée générée par le raffinage ne lui profitait pas", a déclaré le ministre guinéen des Mines, Bouna Sylla. "Aujourd'hui c'est une époque révolue".
Selon le World Gold Council, la Guinée est avec le Ghana, l'Afrique du Sud et le Burkina Faso, l'un des principaux producteurs d'or sur le continent. Mais quel est le sens pour un pays producteur de purifier lui-même son or ?
Éléments de réponse avec Patrick Schein. Il préside le conseil d'administration de l'ARM, l'Alliance pour une mine responsable, une initiative mondiale qui souhaite transformer l'activité minière artisanale et à petite échelle en une activité responsable sur le plan social et environnemental.
Retranscription de l'interview
Patrick Schein : Dans l'or, il y a une particularité qui est certaine, c'est une monnaie. Donc, si la vocation de raffiner son or, c'est de constituer des réserves d'or, c'est une très, très bonne chose puisque c'est un acte souverain et autant constituer des réserves avec de l'or local plutôt qu'avec de l'or qui ne vient pas de son pays.
Toutefois, cet or doit quand même être, pour être qualifié et valide internationalement, il doit quand même avoir un affinage et une certification internationale. C'est quelque chose de capital.
Maintenant, si votre demande d'or n'est pas locale, de toute façon, vous aurez à exporter cet or. Donc est-ce qu'un affineur à Conakry peut être compétitif par rapport à un affineur qui va se trouver à Dubaï ou en Inde ? C'est la grande question.
DW : Est-ce que cela fait sens pour la Guinée d'investir dans un tel projet, sachant que les pays avoisinants comme le Mali, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire se sont eux aussi lancés sur un chemin similaire ?
Patrick Schein : Tout à fait. Je ne pense pas qu'il y ait la demande d'or locale, à moins que cet or soit utilisé à des fins purement monétaires. Mais ce que je veux vous dire, c'est qu'affiner de l'or, ça coûte moins de 1 % de la valeur de l'or. Donc au niveau valeur créée, elle est très faible.
Maintenant, si vous faites des bijoux, si vous faites autre chose, là oui. Mais à ce moment là, il faut avoir de la technicité, il faut savoir faire des bijoux de niveau industriel, de qualité internationale, etc.
Ce qu'il faut savoir dans l'or également, c'est que le lieu d'affinage au niveau douanier donne l'origine de l'or. Donc si je suis en Guinée et que j'importe ou j'achète de l'or qui provient d'un autre pays qui est rentré en Guinée, de manière légale ou informelle, cet or, en l'affinant localement, devient guinéen. Donc si la Guinée sert de plateforme de transit pour l'or de la sous-région, ça deviendrait un centre, malgré eux, de blanchiment.
DW : Est-ce que cela ne risque pas de compliquer les efforts de transparence dans le secteur ?
Patrick Schein :Je dirais oui, parce qu'il est beaucoup plus difficile de pister un or qui est affiné qu'un or brut. Mais si le but de cet affinage, c'est d'avoir une meilleure traçabilité sur l'extraction attachée à chaque lingot, si le but c'est de payer mieux le mineur, d'avoir une filière séparée sans mercure et une transparence à ce moment là, c'est effectivement une très bonne initiative. Maintenant, il faut que ce soit une réalité.