La coalition CNPAV alerte contre un rachat minier en RDC
10 février 2026
En République démocratique du Congo, la société civile tire la sonnette d’alarme face à un projet majeur de rachat d’actifs miniers impliquant le consortium Orion et soutenu financièrement par la Société américaine de financement du développement (DFC).
Selon la coalition Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV), cet investissement risquerait de perpétuer un système opaque dans lequel continue d’être rémunéré l’homme d’affaires Dan Gertler, pourtant visé par des sanctions américaines pour corruption.
Un investissement américain dans deux mines stratégiques
La DFC envisage d’appuyer financièrement le consortium Orion CMC, spécialiste des minerais critiques, pour acquérir 40 % des actifs de deux mines majeures de cuivre et cobalt en RDC :
- Kamoto Copper Company (KCC)
- Mutanda Mining (MUMI)
Ces actifs sont actuellement détenus par Glencore. Ce rachat s'inscrit dans la stratégie américaine visant à sécuriser l’approvisionnement en minerais stratégiques indispensables à la transition énergétique mondiale.
Des inquiétudes éthiques et juridiques majeures
Pour le CNPAV, cet investissement pose un problème fondamental : ces deux mines continuent de verser des redevances à Dan Gertler, homme d’affaires proche de l’ancien régime Kabila, sanctionné par les États-Unis en vertu de la loi Magnitsky.
Cette loi cible les individus impliqués dans des violations graves des droits humains et des faits de corruption.
La poursuite de ces versements placerait Washington dans une situation paradoxale : financer indirectement une personne que ses propres institutions ont sanctionnée.
Jean-Claude Mputu (CNPAV) : “Une banalisation de la corruption”
Jean-Claude Mputu, porte-parole du CNPAV, estime que cet appui financier, s’il n’est pas assorti de garanties strictes, enverrait un signal désastreux :
"Notre principale préoccupation est la banalisation de la corruption par la nouvelle administration américaine, prête à investir dans des actifs faisant l'objet de sanctions. Les garanties doivent être claires : une transparence totale pour que la population sache dans quelles conditions ces actifs sont cédés.
Nous voulons l'assurance que Dan Gertler ne touchera plus un seul dollar provenant de ces mines acquises illégalement. Il faut que les gouvernements congolais et américain s'engagent pour qu'il quitte définitivement la RDC et restitue ses redevances à l'État congolais."
Pour la coalition, tout soutien financier devrait donc être conditionné à une rupture totale entre ces actifs miniers et les circuits financiers liés à Gertler.
Rodrigue N’til : “S’assurer que les problèmes du passé sont réglés”
Rodrigue N’til, expert en gouvernance et ressources minières, abonde dans ce sens. Il rappelle que ces gisements sont liés à des scandales depuis des années, et que de nouveaux investisseurs ne peuvent entrer sans clarifier l'héritage des irrégularités passées.
"Les préoccupations soulevées par le CNPAV sont légitimes. Il s'agit de mines au cœur de scandales depuis des années. Avant toute nouvelle entrée d'investisseurs, il faut s'assurer que les problèmes passés sont réellement réglés.
Si des personnes sanctionnées continuent de bénéficier de ces actifs, même indirectement, la corruption se perpétue sous une autre forme. La crédibilité de cet investissement repose sur une transparence totale des bénéficiaires finaux et la publication des contrats."
La transparence contractuelle et la publication des bénéficiaires effectifs du rachat apparaissent donc comme des conditions essentielles à la légitimité de ce projet.
Un test pour la crédibilité des États-Unis en Afrique centrale
Dans un contexte où la RDC occupe une place stratégique dans la chaîne mondiale des minerais critiques, la DFC doit désormais concilier sécurisation des approvisionnements et respect strict des normes internationales anticorruption.
La coalition CNPAV met en garde : toute démarche qui reviendrait à lever les sanctions contre Dan Gertler de manière indirecte ou opaque porterait “durablement atteinte à la crédibilité de la diplomatie américaine en Afrique centrale”.