Un record mondial de déplacés internes enregistré en 2025
13 mai 2026
Le dernier rapport mondial sur le déplacement interne, publié le 12 mai par l'Internal Displacement Monitoring Centre, révèle que 82,2 millions de personnes étaient déplacées en 2025 à l'intérieur de leur propre pays à travers le monde.
Pour mieux comprendre les tendances et les enjeux mis en lumière par cette étude, nous avons interrogé Xiao-Fen Hernan, coordinatrice des rapports et autrice principale du rapport.
Entretien :
DW : Bonjour Madame Xiao-Fen Hernan.
Hernan : Bonjour.
DW : Le rapport 2026 marque un tournant, les conflits devenant pour la première fois la principale cause des déplacements internes. Comment expliquez-vous cette évolution ?
Hernan : C'est l'un des faits les plus marquants de l'année 2025. Cette année a été profondément marquée par l'instabilité, l'émergence de nouveaux conflits, mais aussi par l'aggravation de conflits de longue durée. Nous avons notamment observé qu'environ un tiers des déplacements recensés provenaient de deux crises majeures.
Ainsi, près de 10 millions de déplacements ont été enregistrés pendant la guerre des Douze Jours en Iran, à la suite d'importantes évacuations dans la capitale. Par ailleurs, des conflits prolongés, comme ceux dans l'est de la République démocratique du Congo, ont également provoqué 9,7 millions de déplacements, soit un autre tiers du total.
Ces situations ont largement contribué à la hausse très marquée observée en 2025. Nous avons enregistré une augmentation de 60 % par rapport à 2024, ce qui représente le chiffre le plus élevé jamais relevé par l'Observatoire des situations de déplacement interne, l'IDMC. Le Soudan demeure aujourd'hui le pays comptant le plus grand nombre de déplacés internes.
DW : Selon vous, que révèle cette situation sur l'évolution des conflits prolongés aujourd'hui ?
Hernan : Malheureusement, pour la troisième année consécutive, le Soudan reste le pays qui accueille le plus grand nombre de déplacés internes. On en comptait environ 9,1 millions à la fin de l'année 2025. Cela représente environ une personne déplacée sur neuf dans le monde, ce qui est considérable.
Il est également important de souligner que, même si la guerre déclenchée en 2023 a fortement aggravé la situation, le Soudan accueillait déjà depuis des décennies un très grand nombre de déplacés internes.
Cela montre bien à quel point cette crise est durable. Pour nous, cela reflète des problèmes structurels, tant au niveau national qu'international : le manque d'attention qu'on porte aux déplacements internes, les difficultés des processus de paix à mettre fin aux conflits actifs, mais aussi l'incapacité à traiter les causes profondes des déplacements, des conflits et des violences en général.
Même si les déplacements liés aux catastrophes ont diminué par rapport à 2024, ils restent supérieurs à la moyenne de la dernière décennie.
DW : Que nous dit cette tendance sur les effets du changement climatique ?
Hernan : En effet, nous avons enregistré près de 30 millions de déplacements liés aux catastrophes en 2025, soit un chiffre supérieur de 13 % à la moyenne de la dernière décennie.
Ce qu'il faut retenir, c'est que les effets du changement climatique, mais aussi ceux des catastrophes géophysiques, continuent de représenter un risque majeur à l'échelle mondiale.
En 2025, des déplacements liés aux catastrophes ont été enregistrés dans 140 pays et territoires. Autrement dit, il devient presque exceptionnel qu'un pays ne soit pas touché par ce phénomène. C'est un élément très important dans le contexte du changement climatique.
Nous constatons évidemment des variations climatiques d'une année à l'autre, mais cela ne signifie pas pour autant que la situation s'améliore. Les régions déjà exposées continuent d'être affectées et les populations concernées restent vulnérables, parfois même davantage qu'auparavant.
Nous observons également des situations de déplacement prolongé liées aux catastrophes. En 2025, 13,6 millions de personnes vivaient encore déplacées à cause de catastrophes, souvent depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies.
C'est notamment le cas lors des sécheresses, dont les conséquences s'inscrivent dans la durée, mais aussi des inondations de plus en plus intenses ou de l'augmentation des cyclones, par exemple sur la côte sud-est de l'Afrique.
Tous ces éléments montrent que les dérèglements climatiques touchent continuellement les mêmes régions et accentuent la vulnérabilité des populations.
DW : Derrière ces chiffres records, qu'est-ce qui vous a le plus marquée dans les situations observées cette année ?
Hernan : L'ampleur des déplacements observés en République démocratique du Congo m'a particulièrement marquée.
Cela fait plusieurs années que nous voyons la situation se détériorer dans l'est du pays, avec des records qui se succèdent sans véritable amélioration sur le terrain.
Les 9,7 millions de déplacements enregistrés cette année représentent presque le double du chiffre de 2024, qui était déjà historique.
Par ailleurs, ce qui m'inquiète particulièrement dans l'augmentation des conflits internationaux, c'est que, dans plusieurs cas, il s'agit de conflits anciens qui semblaient simplement en sommeil.
Cela est très alarmant, car cela montre que les causes profondes n'ont pas été résolues et que ces violences peuvent reprendre à tout moment.
DW : Merci Madame d'avoir répondu à nos questions. Au revoir.
Hernan : Merci beaucoup pour cette interview et nous encourageons tous vos auditeurs à consulter le rapport dans son intégralité. Merci.