Du raticide dans des pots pour bébés : ce que l’on en sait
21 avril 2026
"Hipp est victime d’un chantage", c’est ainsi que commence le communiqué de presse du grand fabricant allemand d’aliments pour bébés.
Le week‑end, des petits pots sont apparus en Autriche et dans deux pays voisins, dont le contenu avait été mélangé à de la mort‑aux‑rats. L’Agence autrichienne de sécurité alimentaire (AGES) a émis une alerte, et la chaîne de supermarchés SPAR a lancé un rappel. L’accent est désormais mis sur la recherche de l’auteur.
Que sait‑on de l’affaire ?
Une enquête est menée contre des auteurs inconnus pour "suspicion de tentative de chantage", a indiqué lundi (20.04) la police criminelle d’Ingolstadt à la DW. Elle est compétente parce que le siège de Hipp se trouve à Pfaffenhofen an der Ilm, dans le sud‑est de l’Allemagne. La police fait état de cinq pots saisis dans trois pays.
Le premier pot est apparu près d’Eisenstadt, dans le Burgenland, la région la plus orientale de l’Autriche. Les premières analyses de laboratoire ont révélé que ce pot de 190 grammes de carottes aux pommes de terre était contaminé par de la mort‑aux‑rats. Un deuxième pot prétendument empoisonné dans le Burgenland est encore recherché.
Deux autres pots contaminés ont été découverts dans un supermarché de la ville tchèque de Brno. Selon les médias locaux, le parquet a déclaré que les deux pots étaient marqués d’un autocollant blanc avec un cercle rouge, comme l’avait décrit l’auteur présumé dans un courriel. Un tel marquage est également mentionné dans l’alerte de l’AGES. Des pots contaminés ont aussi été découverts dans la ville de Dunajská Streda, au sud de la Slovaquie.
Comment reconnaître si ses propres pots Hipp peuvent être concernés ?
Tous les pots avaient en commun des couvercles endommagés qui ne faisaient plus le "plop" à l’ouverture. Les aliments pour bébés, comme de nombreux autres produits alimentaires, sont remplis à chaud dans les pots et fermés par un couvercle à vis ; en refroidissant, une dépression se crée. Le bruit de « plop » à l’ouverture confirme ainsi que le pot n’a pas été ouvert depuis le remplissage. Selon Hipp, il s’agit de manipulations " criminelles externes " qui ont dû avoir lieu en dehors du site de production.
La police criminelle d’Ingolstadt recommande de prêter une attention particulière au "plop" habituel, de sentir le contenu du pot et, en cas d’anomalie, d’en informer impérativement la police locale et de ne jamais donner l’aliment au bébé. Le fabricant s’est exprimé dans le même sens.
Quels sont les cas antérieurs ?
Dans l’un des cas les plus connus, l’auteur était lui‑même policier à la police criminelle britannique de Scotland Yard : en 1988‑1989, Rodney Whitchelo achetait des aliments pour bébés, les contaminait avec des produits chimiques ou des lames de rasoir, puis remettait les pots sur les étagères. Il a exigé quatre millions de livres des fabricants et a été condamné en 1990 à 17 ans de prison. Ce cas, comme d’autres dans les années 1980, a finalement contribué à l’introduction de fermetures inviolables avec " plop ".
En 2017, plusieurs pots d’aliments pour bébés contenant un antigel, chacun à une dose potentiellement mortelle, sont apparus à Friedrichshafen, dans le sud‑ouest de l’Allemagne, au bord du lac de Constance. L’auteur a alors tenté de faire chanter une chaîne de supermarchés pour environ douze millions d’euros. Après plusieurs procédures judiciaires, il purge actuellement une peine de dix ans et six mois de prison.
Toujours au Royaume‑Uni, un auteur a tenté en 2018 d’extorquer 1,4 million de livres en bitcoins. Au préalable, il avait contaminé plusieurs pots avec des fragments métalliques et menacé d’en contaminer d’autres, notamment avec des salmonelles. Des images de vidéosurveillance d’un supermarché ont permis d’identifier l’auteur. Il a été condamné à l’automne 2020 à 14 ans de prison, dont trois provenant d’une autre affaire.
En Pologne, l’été dernier, un homme a été arrêté pour avoir prétendument extorqué une rançon en menaçant d’empoisonnement. Il n’y a pas encore de jugement dans cette affaire et aucun produit contaminé n’a été constaté.
Un cas plus récent est toutefois d’une autre nature : lorsque, autour du changement d’année, des laits infantiles de Danone, Nestlé et d’autres producteurs ont été rappelés, il s’agissait de la toxine bactérienne céréulide. On sait désormais qu’un additif était contaminé, que les fabricants s’étaient procuré auprès du même fournisseur chinois. Il n’y avait cependant ni intention délibérée ni but de chantage. En réaction, l’UE a par exemple introduit pour la première fois une valeur limite pour la céréulide.
Pourquoi les aliments pour bébés sont‑ils régulièrement empoisonnés ?
Mettre en danger des bébés sans défense et exploiter leur vie pour des demandes de rançon apparaît à beaucoup comme particulièrement ignoble et garantit donc à un auteur une attention maximale. S’y ajoute le fait que les aliments pour bébés sont vendus dans d’innombrables magasins, offrant ainsi de nombreux points d’accès potentiels aux auteurs.
Dans l’ensemble, les aliments pour bébés sont toutefois soumis à des contrôles relativement étroits, conformément à des exigences déjà très strictes, afin de minimiser les risques. Les fabricants limitent l’accès à leurs usines et misent, outre les emballages inviolables mentionnés plus haut, sur des numéros de lot permettant de rappeler plus précisément les produits. Certains distributeurs renforcent également la sécurité en installant des caméras de surveillance, empêchant ainsi des auteurs, comme en 2018 au Royaume‑Uni, de déposer discrètement des pots contaminés sur les rayons.