L'épidémie d'Ebola progresse dans l'est de la RDC
19 mai 2026
Après la province de l’Ituri, voisine de l’Ouganda, deux nouveaux cas ont été confirmés lundi (18.05) à Butembo, l’une des principales villes du Nord-Kivu. Ces cas testés positifs à Butembo portent à trois le nombre de cas enregistrés dans la province après celui de Goma.
Les deux cas détectés à Butembo sont liés à des malades décédés en provenance d'Ituri. Et le gouverneur du Nord-Kivu nommé par Kinshasa a annoncé une mesure pour tenter de limiter les dégâts.
La réaction des autorités du Nord-Kivu a été immédiate : elles suspendent le transfert des dépouilles en provenance de l’Ituri. Seules les dépouilles accompagnées d'un test négatif à Ebola seront désormais acceptées.
Le vice-gouverneur du Nord-Kivu, Louis Segond Karaw a annoncé la mesure, lors d’une descente dans une localité située à la frontière entre les deux provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri.
"Avant que la dépouille quitte la province sœur de l’Ituri pour ici, nous devons avoir tout le rapport que ce n’est pas lié au virus Ebola. C’est important parce que le fait de faire traverser le cadavre de quelqu’un qui est mort de virus d’Ebola, ça pose un problème", a-t-il déclaré.
Cas contacts
Selon les autorités sanitaires, les deux cas confirmés à Butembo concernent des personnes décédées en Ituri, dans la zone de Mongwalu, épicentre actuel de l’épidémie. Leurs corps avaient été transférés à Butembo pour être enterrés avant la confirmation de la maladie.
Les autorités sont à pied d’œuvre afin de retrouver toute la chaîne de contact liée aux deux décès. Un travail difficile sachant que les enterrements drainent généralement du monde pour les cérémonies rituelles.
Triste souvenir
À Butembo, le souvenir de la précédente épidémie d’Ebola reste encore très présent dans les esprits.
Pour Julie Muyisa, mère de famille, l’annonce de nouveaux cas dans la ville a ravivé un traumatisme qu’elle pensait avoir laissé derrière elle.
"Je me rappelle en 2018, quand j’étais admise au centre de traitement d’Ebola avec mon enfant de moins d’un an. C’était une période très difficile pour moi. Peut-être qu’on sera encore confinés et on ne sera plus épanoui, privés des endroits publics, les églises aussi, peut-être qu’on va encore fermer. Avec nos enfants à l’école, qu’est-ce qui va se passer ? Ça nous dérange beaucoup mais on va apprendre à vivre avec."
Comme elle, de nombreux habitants redoutent de revivre une nouvelle crise sanitaire, alors que la région est déjà confrontée à l’insécurité et aux déplacements de populations.
Ferdinand Kambale, habitant de Béni, se prépare lui aussi à de nouvelles restrictions :
"Vous savez dans cette zone, il y a l’insécurité qui nous fait souffrir, et voilà maintenant encore Ebola. Nous avons vraiment peur, donc notre mode de vie doit complètement changer" affirme, inquiet, Ferdinand Kambale.
D’abord signalée à Mongwalu, Rwampara puis à Bunia, la capitale de l’Ituri, l’épidémie touche désormais les villes de Goma et Butembo, deux cités de l’est de la RDC déjà profondément fragilisées par les conflits armés.
Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a exprimé sa profonde inquiétude quant à l'ampleur et la vitesse de l'épidémie d'Ebola actuellement en cours. Elle a entraîné 131 décès. Tedros Adhanom Ghebreyesus a déclaré une urgence de santé publique d'ampleur internationale (USSPI) dimanche matin, son second niveau d'alerte le plus élevé, en réponse à l'épidémie d'Ebola touchant la RDC et l'Ouganda.
"C'est la première fois qu'un directeur général déclare une USPPI avant de convoquer un comité d'urgence" mais "je n'ai pas pris cette décision à la légère", a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans son discours général au deuxième jour de l'assemblée annuelle des Etats membres de l'OMS à Genève.
Il a expliqué aux délégués avoir pris cette décision après avoir consulté les ministres de la Santé des deux pays concernés, et "parce que je suis profondément préoccupé par l'ampleur et la rapidité de l'épidémie".