Bukavu, traumatisée par le M23, cherche encore son équilibre
30 janvier 2026
Un an après le début de la progression de l’AFC‑M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, la ville de Bukavu, tombée entre les mains de la rébellion le 16 février 2025, peine toujours à retrouver une vie normale.
Entre chaos sécuritaire, enfants armés et lente stabilisation, les habitants tentent de se reconstruire dans un climat mêlé de peur, de méfiance et d’espoir fragile.
Le chaos provoqué par la fuite des forces congolaises
À la veille de la chute de Bukavu, la retraite précipitée de l’armée congolaise et des milices Wazalendo a créé un vide sécuritaire sans précédent. En abandonnant armes lourdes, fusils, munitions et uniformes, les militaires ont laissé derrière eux une ville livrée à elle‑même.
Certains soldats, dans la panique, auraient même dû laisser leur famille.
Cette débandade a ouvert la voie à un drame devenu emblématique du traumatisme de Bukavu : l’arrivée massive d’enfants armés dans les rues.
Des enfants de 10 à 16 ans armés dans les rues
Profitant des dépôts laissés sans surveillance, des enfants âgés de 10 à 16 ans ont ramassé les armes pour, disent-ils, "défendre la ville". Rejoints par les enfants des rues, les "Maibobo", ils ont semé la panique, tirant en l’air et procédant à des pillages.
Paulin, habitant de Nyalukemba, raconte trois journées terrifiantes :
"J’ai passé trois jours enfermé. Quand j’ai regardé par la fenêtre, j’ai vu de tout petits enfants armés, chantant À la guerre, commencez ! en tirant en l’air. "
Pendant ce temps, les autorités locales désertaient la ville, des détenus s’évadaient et la prison centrale était incendiée. Les hôpitaux se retrouvaient débordés, recevant blessés et morts touchés par balles.
L’arrivée de l’AFC‑M23 et la répression contre les enfants
Lorsque les rebelles ont pénétré dans le centre de Bukavu le 16 février, de nombreux enfants encore armés ont été abattus.
Les Nations unies ont dénoncé des exécutions sommaires, citant notamment trois garçons tués au quartier Latin alors qu’ils transportaient des armes abandonnées.
Sécurité en amélioration
Pour une partie des habitants, la situation s’est progressivement stabilisée, même si la peur demeure. Rigobert témoigne :
"Après l’arrivée de l’AFC‑M23, il y avait des tueries quotidiennes. Maintenant, on ne voit plus de pillages, la sécurité va un peu mieux."
Les nouveaux occupants de la ville ont lancé des actions de nettoyage urbain et ont réduit le prix de certains documents administratifs. Mais pour beaucoup, cela ne suffit pas.
"Plus jamais ça" : une société civile qui réclame justice et liberté
Miracle, actrice de la société civile, se dit loin d’être rassurée :
"Il faut que les autorités prennent conscience de la misère que nous vivons. C’est vrai qu’il y a un peu de sécurité, mais pas de liberté d’expression. Plus jamais ça dans notre pays."
À Bukavu, la priorité pour les habitants reste la même : le retour d’un dialogue réel entre les parties en conflit afin de sauver l’économie locale et d’éviter de nouveaux drames.