La longévité des rebelles ADF dans l'est de la RDC
10 septembre 2025
Après une période d'accalmie, les rebelles des Forces démocratiques alliées ont multiplié ces derniers temps leurs attaques contre des civils, dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Deux provinces où sévissent par ailleurs d'autres groupes armés, dont les rebelles de l'AFC-M23 qui contrôlent désormais une large partie de cette région et les villes de Goma et de Bukavu.
"Nous avions des informations crédibles qui m'ont été confirmées aussi par la suite. J'ai rencontré certains militaires (congolais) qui m'ont avoué qu'il y a une complicité entre certains officiers de l'armée et les ADF. Nous-même, on l’a, à l'époque, démontré, à travers nos écrits, nos analyses, sur la base de sources fiables" soutient Jean-Jacques Wondo Omanyundu, analyste et expert des questions politiques, sécuritaires et militaires. Il évoque la possibilité d’une collusion entre ces rebelles et les soldats congolais.
Des militaires congolais mise en cause
Plusieurs militaires congolais de haut rang ont en effet déjà été mis en cause, par le passé, soit pour leur complicité avec les rebelles, soit pour l’intérêt financier qu’ils avaient à poursuivre le conflit.
Dans son rapport de février 2017, les experts des Nations unies avaient mis en cause le général de division Gabriel Amisi Kumba, alias Tango Four, commandant des FARDC de la première zone de défense du pays, dans une affaire de trafic d’or.
Auparavant, l’ancien chef d’état-major des forces terrestres congolaises avait été suspendu, en 2012, par le président Joseph Kabila, en 2012.
Sa suspension faisait suite à des accusations de trafic illégal d’armes avec des groupes armés contenues dans un rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC.
Opération militaire conjointe inefficace...
Depuis 2021, l'Ouganda a déployé certains soldats de son armée aux côtés des Forces armées congolaises, dans le nord-est de la RDC pour contrer les exactions de ces rebelles. Le déploiement des soldats de l'opération Shujaa n’a malheureusement pas permis de vaincre les ADF.
Selon Ildefonse Paluku Bwakyanakazi, chercheur à l'Institut Ebuteli (Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence), le manque de réactivité des militaires, qui tardent souvent à intervenir contre des assaillants, est perçu comme une complicité.
Il affirme que "ce que la population fustige, c'est l'inaction des militaires. Comme le cas de Ntoyo (dans l'est de la RDC). Dans ce village, il y a une petite position des FARDC (forces armées congolaises). Mais les FARDC ne sont pas intervenues. Ce qui fait que la population se dit : si les FARDC ne sont pas intervenus, donc, ils sont complices de ces malfrats, de ces tueurs".
...et manque de volonté de l'Ouganda
Bob Kabamba, politologue et professeur à l’université de Liège, en Belgique, soutient pour sa part que l'efficacité de cette force conjointe est altérée par le manque de volonté de l'Ouganda.
"Pour l'Ouganda, l'objectif de cette opération n'est pas la traque des ADF. L'objectif principal est ce qu'on appelle la sécurisation des routes commerciales qui relient l'est de la RDC : l'ancienne province orientale et le grand Nord-Kivu, vers l'Ouganda. Sécuriser ces routes commerciales pour permettre notamment l'acheminement de toute la production d'or, permet l'acheminement des trafics de café, de thé, de cacao de la RDC vers l'Ouganda, puis, de l'Ouganda, vers le reste du monde" explique le chercheur.
Les rebelles ADF préfèrent éviter les affrontements avec les armées ougandaises et congolaises et ciblent généralement des civils.
Créées en 1995, les Forces démocratiques alliées sont un groupe armé ougandais fondé en 1995 en opposition au président ougandais Yoweri Museveni. L'organisation s'est depuis lors déplacée en République démocratique du Congo.