RDC : "en zone rebelle", on exploite toujours les minerais
19 novembre 2025
Le gouvernement de la République démocratique du Congo a prolongé de six mois l'interdiction d'exploiter les mines dans les zones sous contrôle des rebelles de l'AFC-M23, mais cette décision n'a de valeur que sur le papier. En effet, les rebelles du M23 continuent d'exploiter les mines qui se trouvent sous leur contrôle.
L'exemple le plus marquant est celui de la mine de Rubaya, dans la province du Nord-Kivu, où environ 150 tonnes de coltan sont extraites chaque mois et exportées frauduleusement vers le Rwanda.
Josaphat Musamba est doctorant à l'université de Gand, en Belgique, il estime ainsi que la décision des autorités congolaises n'aura que peu d'impact.
Lisez ou écoutez l'analyse de Josaphat Musamba.
Josaphat Musamba : Bien sûr que, au niveau régional, cette décision peut avoir des implications, mais au niveau pratique, je ne vois pas d'effectivité.
Parce que, que ce soit dans le Masisi ou que ce soit au Sud-Kivu, dans le territoires de Kaleye, on continue à exploiter les minerais.
Les minerais continuent à être évacués vers le Rwanda, et des entreprises qui travaillent avec des courtiers rwandais ou autres continuent à s'approvisionner Je ne vois pas cette décision s'appliquer pratiquement.
Par contre, c'est une décision qui a une portée régionale, en ce sens que la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs CIRGL, qui est l'instance de certification régionale comme elle s'est déjà saisi de la question, elle peut l'opposer à des États membres, notamment le Rwanda, pour lesquels la majeure partie de ces transactions se font et qui reconnaît en fait l'autorité de la rébellion.
Ce que Kinshasa doit comprendre est que cette zone actuellement, c'est une zone de la rébellion.C'est elle qui impose son autorité.
DW : Justement, vous venez de le mentionner, la RDC a récemment saisi la CIRGL contre le Rwanda qu'elle accuse de contrebande, il y aura peut-être une solution, n'est ce pas?
Josaphat Musamba : La CIRGL, même si c'est le secrétariat qui organise en fait toutes les questions, est-ce qu'il a le pouvoir de contraindre le Rwanda à rentrer dans l'esprit et la lettre de régulation de cette structure au niveau de la certification des minerais ou alors la certification des minerais qui vont être exportés.
Ça c'est encore un autre débat. Un deuxième débat, c'est que si le secrétaire général de la CIRGL veut aller au delà, les textes qui organisent cette instance régionale peuvent contraindre en fait un des Etats membres à rentrer dans les voies à suivre.Mais je ne vois pas pour l'instant le Rwanda se plier à ces régulations.