Réouverture de la frontière entre le Burundi et la RDC
24 février 2026
Des dizaines de milliers de Congolais vivent encore dans les camps de réfugiés au Burundi, deux mois après avoir fui leur pays, à la suite de la prise de la ville d’Uvira par les rebelles de l'AFC/23.
Parmi ces camps, il y a celui de Busuma, dans la province de Buhumuza, dans l’est du Burundi.
Depuis le début, la prise en charge de ces réfugiés est un défi majeur pour le Burundi et les conditions de vie dans le camp sont dramatiques. La réouverture de la frontière apporte un nouvel espoir pour ces Congolais. Mais il faudra encore beaucoup de temps avant que tous puissent rentrer chez eux.
Des milliers de réfugiés congolais
À environ 200 kilomètres à l’est de Bujumbura, sur les hauteurs du mont Birime, le camp de Busuma abrite près de 65 000 réfugiés congolais et la réouverture de la frontière ne devrait pas changer grand-chose dans l’immédiat.
Femmes, hommes, enfants : tous vivent dans des abris précaires et la nourriture est insuffisante.
Parmi eux, Tuwasamehe Nyama. Amputé d’une jambe, il se déplace avec une béquille et dénonce des conditions de vie très difficiles
"L’argent qu’on distribue aux réfugiés, ce sont 50 000 francs par personne. Si vous êtes deux, on vous donne 100 000 francs et on vous dit qu’il faut manger avec ça pendant un mois. Nous, les réfugiés, nous ne voulons pas recevoir d’argent" témoigne--il.
Une aide bouleversante
L’aide en espèces bouleverse en effet le quotidien des réfugiés : les prix des produits de base flambent sur le marché. Tuwasamehe Nyama et Kaniki Mulonja réclament des vivres plutôt que de l’argent liquide.
"Sur le marché, on augmente les prix. Un sac de farine de 25 kg coûte entre 70 000 et 75 000 francs. C’est étonnant. Les vendeurs de ces marchandises sont les autochtones. Les Congolais ne doivent pas faire de commerce" affirme à la DW, Tuwasamehe Nyama.
Pour sa part, Kaniki Mulonja soutient qu"au lieu de nous donner de l’argent, nous demandons au HCR de nous donner de la nourriture : des aliments comme les haricots, la farine… de la nourriture, en tout cas. Nous voulons tout simplement que le HCR propose des aliments, même en petites quantités, au lieu de l’argent. L’argent est minime, vraiment très minime".
Des solutions de survie
Face aux pénuries, certains réfugiés tentent de trouver des solutions par eux-mêmes.
Francine Noëlla a 33 ans. Elle est mariée, elle est mère de neuf enfants et enceinte de huit mois. La jeune femme a ouvert un petit restaurant dans le camp et prépare des plats appréciés des Congolais, pour compléter l’aide humanitaire.
"Je fais de la restauration pour que les jours avancent, en attendant le rapatriement. Je prépare de la viande de poulet, des légumes et de la pâte de manioc. Chaque jour, j’ai un bénéfice de 10 000 francs, mais pour les enfants, nous dépensons 15 000 francs. Donc, ça reste insuffisant" déclare Francine Noëlla.
Comme beaucoup d’autres réfugiés, Noëlla et sa famille se débrouillent seuls pour se loger et se nourrir, sans aide humanitaire officielle.
"Nous n’avons pas de maisons. Nous vivons dans des abris de fortune, avec des toiles de tentes, que nous avons construits nous-mêmes. Les maisons sont moins nombreuses que les gens. C’est une vie misérable. L’aide alimentaire est insuffisante : on nous donnait 25 kg de riz par mois. Avec ma famille de 11 personnes, c’est insignifiant".
Les réfugiés dénoncent aussi des irrégularités dans la distribution de l’aide. Avec la réouverture de la frontière, beaucoup envisagent désormais de rentrer chez eux : entre l'insécurité et la faim, disent-ils, rentrer en RDC semble être un moindre mal.