1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

La peur d’Ebola pousse des patients à quitter l'hôpital

Pascal Mapenzi
7 septembre 2026

A Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo, la peur d’Ebola fait fuir certains patients des centres médicaux de traitement d'Ebola.

République démocratique du Congo, Bunia, 2026 | Prélèvement d'échantillons sur un patient atteint d'Ebola au centre de traitement
Image : Benediction Murhabazi/AFP

Dans l'est deRDC, en seulement 72 heures, la semaine dernière, cinq patients suspects se sont échappés d’un centre de transit. Parmi eux, deux ont ensuite été testés positifs au virus. Ils sont donc retournés dans leur communauté avant leur prise en charge, ce qui constitue un nouveau risque de propagation du virus.  

Fuir avant les résultats de leurs tests 

Dans cette pharmacie de Beni, cette jeune femme, qui préfère rester anonyme, est venue acheter un médicament. Elle dit ne plus vouloir aller à l’hôpital, même en cas de symptômes inquiétants. Elle redoute surtout d’apprendre qu’elle est infectée par Ebola. 

Ebola : les équipes médicales prises pour cible

03:01

This browser does not support the video element.

"La plupart des malades sont en train de mourir au CTE. Moi, si on m'annonçait que je suis positive à Ebola, je m’enfuirais. Je ne pourrais pas le supporter. Je pense que je mourrais en l’apprenant. C’est pourquoi je préfère me traiter moi-même."

Cette peur du diagnostic, elle n’est pas la seule à la ressentir. Un autre habitant de Beni raconte qu’un de ses proches s’est récemment échappé d’un centre de transit. Selon lui, son expérience a renforcé sa peur de l’hôpital. "Ma peur est qu’une fois que vous arrivez à l’hôpital, on vous place en isolement. J’ai un frère, je ne cite pas son nom, il s’est évadé d’un centre de transit. Après, il s’est automédiqué, mais il est guéri !"

Méfiance et défiance

Pour Philippe Bonnané, acteur communautaire à Beni, ces témoignages illustrent une défiance nourrie par plusieurs facteurs : la peur de mourir, la séparation avec les proches ou encore la crainte d’être stigmatisé. "Plusieurs personnes ont entendu des mythes ou des désinformations. A la suite de cela, ils croient qu’on va leur administrer un médicament qui va les entraîner à la mort. Les autres ont peur de la stigmatisation."

A l’inverse, Gisèle Mukotso garde une expérience positive de son passage dans un centre de traitement d’Ebola. Testée positive, elle a récemment vaincu la maladie à Beni. 

Image : Xinhua/dpa/picture alliance

"Moi, j’ai été atteinte du virus Ebola. J’ai été admise dans un CTE et on m’a sauvé la vie. Bien sûr que j’avais peur, mais j’avais aussi l’espoir de guérir parce que j’avais coopéré. Et ceux qui me soignaient m'ont rassurée sur la guérison."

Augmentation des fuites de patients

Le médecin épidémiologiste Maurice Mutsunga s’inquiète, lui, de la multiplication des fuites de malades à Beni. La semaine dernière, cinq patients ont quitté sans autorisation un centre de transit avant même de connaître leurs résultats. Deux d’entre eux ont ensuite été testés positifs. Pour le médecin, ces évasions compliquent davantage la riposte. "Dès lors qu’un malade s’évade du CTE, il va contaminer son entourage. Il va aussi contaminer le personnel médical qui va essayer de le soigner dans son lieu de refuge. Les jeunes du quartier s’associent à cette personne qui s’est évadée et profitent maintenant de cette situation pour s’attaquer aux équipes de la riposte. En tout cas, tout le monde est appelé à rechercher les malades qui s’évadent des CTE, parce que leur présence dans la communauté continue à augmenter la propagation de l’épidémie, ce qui expose davantage la population."

Selon les derniers chiffres disponibles, 23 personnes testées positives à Ebola se sont échappées alors qu’elles étaient suivies dans la province du Nord-Kivu. Celle-ci compte actuellement 917 cas confirmés, dont 626 décès. Les autorités sanitaires ont récemment mis en place des cellules chargées de retrouver les cas contacts perdus de vue. Un dispositif qui montre que la recherche des personnes échappant au suivi est devenue un enjeu majeur de la riposte. 

Passer la section A la une

A la une

Passer la section Plus d'article de DW