En RDC, les guéris d’Ebola redonnent espoir
16 juin 2026
Un mois après la déclaration officielle de la 17e épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo, les premiers cas de guérison offrent une lueur d'espoir à Mungbwalu, épicentre de la flambée. Parmi les survivants figure Deogratias Kasereka, un catéchiste catholique qui a choisi de témoigner publiquement pour sensibiliser la population et combattre les rumeurs qui entourent encore la maladie.
À Mungbwalu, localité située à plus de 80 kilomètres au nord de Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri, la maladie a déjà causé près d'une centaine de décès. Mais depuis quelques jours, le centre de traitement Ebola de l'Hôpital général enregistre plusieurs guérisons, suscitant un regain d'espoir au sein de la population.
Le récit d'un survivant
Deogratias Kasereka raconte les circonstances de sa contamination et son passage au centre de traitement Ebola :
"J'étais en contact avec quelqu'un qui était malade. Après, il est décédé. J'ai manipulé son corps. Quelques jours plus tard, j'ai commencé à sentir des malaises. Je suis allé en consultation et le résultat est sorti que je souffrais de ce virus et je devais être isolé. On nous mettait seuls dans une chambre. Seuls les médecins et les infirmiers pouvaient entrer", a témoigné Déogratias.
Le catéchiste reconnaît avoir eu le réflexe de se faire consulter rapidement dès l'apparition des premiers symptômes. Une démarche qui reste encore rare dans cette région où de nombreuses personnes attendent avant de se rendre dans une structure de santé.
Depuis le début de cette épidémie causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, au moins 80 décès ont déjà été enregistrés dans la zone.
Entre sensibilisation et méfiance
Après sa guérison, Deogratias Kasereka a décidé de devenir un relais de sensibilisation auprès de sa communauté. Son témoignage attire de nombreuses personnes en quête d'informations, même si certains continuent de douter de la réalité de la maladie.
"Je suis le premier survivant de cet endroit et le premier consultant. Donc quand ils ressentent des malaises, ils viennent toujours me poser des questions sur comment je me sentais avant d'aller à l'hôpital. Il y a ceux qui acceptent, mais il y a ceux qui refusent et ne croient pas. Ils disent que j'ai été corrompu avec une somme d'argent, que je ne souffrais pas de cette maladie", a raconté le catéchiste.
Trois autres patients ont quitté le centre de traitement après lui. Un chiffre encore modeste, mais qui représente un symbole fort dans une communauté où Ebola est parfois perçu comme un mythe ou une invention.
Un appel à prendre la maladie au sérieux
Malgré les doutes persistants, Deogratias Kasereka a repris ses activités pastorales et poursuit son travail de sensibilisation. Son objectif est clair : convaincre les habitants de consulter rapidement et de respecter les mesures sanitaires afin de sauver des vies.
"C'est ce que je peux dire à la population de Mungbwalu : ça ne sert à rien de discuter. C'est le fait que nous vivons qui nous fait croire qu'il y a l'épidémie. Les gens meurent sérieusement."
À Mungbwalu, la lutte contre Ebola passe désormais aussi par la parole de ceux qui ont survécu à la maladie. En partageant son expérience, Deogratias Kasereka espère contribuer à briser la méfiance et encourager la population à se faire prendre en charge dès les premiers symptômes.
Ce lundi 15 juin 2026 marque exactement un mois depuis que la République démocratique du Congo a déclaré officiellement sa 17e épidémie de maladie à virus Ebola dans l'est du pays. Selon le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, la RDC comptait dimanche 808 cas confirmés d'Ebola et 192 décès confirmés.