Un dispositif de contrôle sanitaire pour freiner Ebola
7 août 2026
En République démocratique du Congo, le mercredi 5 août, une embarcation en provenance de Yakata dans le territoire de Bumba (province de la Mongala) a été placé sous surveillance sanitaire à son arrivée au port de Bende-Bende, à Kinshasa dans la commune de Maluku. La raison : un passager présentant des symptômes compatibles avec ceux d'Ebola est décédé après être descendu du bateau à Pimu. La personne n'a de ce fait pas pu être testée à la présence éventuelle du virus. Par mesure de précaution, la baleinière est donc bloquée à quelques centaines de mètres du rivage et les passagers ont interdiction d'en descendre pour le moment. Sur place la DW a pu s'entretenir avec Mireille Lembwadio , la coordinatrice du Programme national de l'hygiène aux frontières (PNFH).
Lisez ou écoutez l'interview de la DW avec Mireille Lembwadio.
DW : En moins de 48 heures, un dispositif de contrôle sanitaire a été déployé au port de Bende-Bende. Comment s'est organisée sa mise en place ?
Mireille Lembwadio : Le dispositif de contrôle sanitaire est effectif depuis moins de 48 heures. Toutes les équipes multisectorielles des différents ministères impliqués dans l'ordre opérationnel se sont déployées pour que tout soit monté et prêt à être utilisé. Aujourd'hui était le premier jour d'utilisation de ce dispositif et, grâce à cela, nous avons déjà procédé au contrôle sanitaire de quatre grosses embarcations, dont celle-ci qui est en attente du screening des passagers à bord.
DW : Comment se passe ce screening ? En quoi consiste-t-il ?
Mireille Lembwadio : Vous n'êtes pas sans savoir que nous sommes en pleine épidémie de maladie à virus Ebola. Dans ce contexte, nous renforçons la sécurité sanitaire et toutes les mesures de prévention, notamment le lavage ou la désinfection des mains, la prise de température pour évaluer l'état de santé des voyageurs, ainsi que l'observation visuelle afin de détecter tout signe ou symptôme avant-coureur de la maladie à virus Ebola, mais aussi des 21 autres maladies sous surveillance aux points d'entrée.
DW : Lorsqu'une embarcation arrive, quel est le circuit suivi ? Que se passe-t-il après l'accostage ?
Mireille Lembwadio : Lorsque l'embarcation accoste, le banc de sable étant vaste et peu profond au niveau de la rive du port de Bende-Bende, le bateau reste un peu en amont. Nous réquisitionnons alors des piroguiers pour faire descendre progressivement les membres de l'équipage, le capitaine, puis les passagers par petits groupes afin qu'ils soient soumis au screening. Le screening consiste, comme je l'ai expliqué, au lavage des mains, à la prise de température et au remplissage de la fiche sanitaire du voyageur. Celle-ci nous renseigne sur l'identité de la personne, son âge, son sexe, son lieu de provenance, ses éventuels lieux de transit et sa destination finale. Cela nous permet d'assurer un suivi sanitaire efficace en cas de suspicion, de cas probable, de cas suspect ou confirmé à bord.
DW : Jusqu'à présent, avez-vous enregistré des cas suspects ou confirmés ?
Mireille Lembwadio : Ici, pas du tout. Kinshasa non plus n'a notifié aucun cas confirmé de maladie à virus Ebola. Toutefois, nous restons vigilants. Nous observons des résurgences du choléra et recevons également des alertes liées à d'autres maladies à potentiel épidémique, comme le mpox. Ces cas doivent être référés dans les structures adéquates afin de confirmer ou non le diagnostic, de prendre en charge les patients si nécessaire et d'éviter toute introduction ou propagation de maladies dans la ville-province.
DW : Pour la baleinière qui vient d'arriver de la Mongala, combien de temps les opérations pourraient-elles durer ?
Mireille Lembwadio : Pour ce cas précis, nous avons plus de 200 personnes à contrôler. Nous voulons mener les investigations de manière détaillée, car les passagers ont passé beaucoup de temps sur le fleuve. Il faut également comprendre les différents flux en provenance des provinces situées en amont. Avec cela, nous allons certainement y consacrer toute la soirée afin de contrôler le dernier passager, parce que personne n'est exempté. Notre objectif est de protéger tout le monde et de disposer de tous les éléments nécessaires pour décider si les personnes doivent être gardées en quarantaine sur place ou dans un autre lieu désigné par les autorités.
DW : La baleinière sera-t-elle ensuite désinfectée ? Que deviendront également les grumes de bois transportées ?
Mireille Lembwadio : Tout sera décontaminé. À ce stade, rien n'indique que les grumes soient contaminées ou qu'elles présentent un quelconque risque. Nous procéderons néanmoins à une décontamination de l'embarcation à l'aide de produits qui ne sont pas dommageables pour la marchandise. Concernant les passagers, les décisions seront prises par les autorités sanitaires et les autorités gouvernementales. Nous saurons alors si certaines personnes doivent être maintenues en quarantaine ou si elles pourront poursuivre leur route, en fonction de leur profil et des résultats du screening.