À Goma, des jeunes font de la danse une thérapie
28 janvier 2026
Un an après la prise de la ville de Goma par les rebelles de l'AFC-M23, la population continue de vivre avec les conséquences psychologiques du conflit. Dans ce contexte, certaines initiatives locales cherchent à offrir des espaces de culture et de cohésion communautaire.
Dans la ville de Goma, des jeunes danseurs bénévoles ont décidé d'utiliser l'art comme outil d'accompagnement communautaire. Une fois par semaine, ils livrent des prestations gratuites sur certaines avenues de la ville, directement au contact des populations.Cette initiative est portée par un collectif appelé Balabala Art Academy."Balabala" est un mot swahili qui signifie "rue", un choix qui reflète la volonté du groupe de rapprocher l'art des communautés.
Danser pour exprimer ses sentiments
À chaque représentation, des dizaines de personnes s'arrêtent pour suivre le spectacle. La circulation est parfois interrompue spontanément par les spectateurs eux-mêmes, qui créent un espace sécurisé pour permettre aux artistes de se produire, à même le sol volcanique noir de Goma.Les danses proposées ne relèvent ni du classique, ni du contemporain, ni du hip-hop.
Elles reposent sur des gestes amples et expressifs, traduisant la souffrance, l'endurance et la persévérance, dans un contexte marqué par des décennies de conflit armé dans l'est de la République démocratique du Congo.
Pour Soufie Maisha, danseuse, ces prestations constituent un moyen d'expression personnel, mais aussi un message adressé au public.
"Tout ce que je fais, je le fais avec beaucoup de force pour exprimer mes sentiments, mes colères, mes douleurs. Et on voit que ça marche, parce que les gens restent, ils regardent, ils réagissent " explique la jeune danseuse.
"Street thérapie"
Dans le public, plusieurs spectateurs expliquent ressentir un soulagement, même temporaire, en assistant à ces spectacles.
" Quand j'assiste à ce genre de scène, j'évacue mon stress. J'oublie un peu ce qui s'est passé. Ça me donne de la joie, et j'aimerais qu'ils continuent pour que d'autres personnes puissent aussi se libérer" assure l'un des spectateurs.
Pour l'initiateur du Balabala Art Academy, Bienco Matrix, la danse dépasse le simple divertissement. Elle devient un outil de sensibilisation et de soutien psychologique.
"Nos prestations, ici, dans la rue, c'est comme un médicament" précise Bienco Matrix. Selon lui, il s'agit de "street thérapie".
Pour Bienco Matrix "aujourd'hui, on ne peut pas dissocier la politique et l'art, ou bien la danse, la peinture et la politique. Tout marche ensemble. Nous sommes des politiciens sans le savoir".
Alors que Goma vient de passer une année sous contrôle rebelle, les membres du collectif espèrent obtenir un appui financier pour élargir leurs activités et organiser des séances de "street thérapie” plus régulières.
Une manière, pour ces jeunes artistes, d'accompagner une population en quête de repères, dans un contexte toujours marqué par l'incertitude.