En RDC, Joseph Kabila lance le FRN, 30 ans après l’AFDL
13 octobre 2026
En République démocratique du Congo, 30 ans après la création de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, l’AFDL, conduite par Laurent-Désiré Kabila et qui a renversé le régime de Mobutu, un nouveau mouvement politico-militaire, le Front pour la refondation de la nation, le FRN, vient d’être créé.
Dirigé par l’ancien président Joseph Kabila, fils de Laurent-Désiré Kabila, le FRN est présenté comme la structure appelée à succéder à l'AFC/M23, une rébellion soutenue par le Rwanda. Outre son président, le nouveau mouvement reprend les dirigeants de l’AFC/M23. Ce changement de nom pourrait avoir pour but de donner une identité congolaise plus forte, au moins sur le papier, à cette rébellion.
De l’AFDL au FRN, l’objectif de renverser le pouvoir
La création du FRN intervient 30 ans après celle de l’AFDL, qui a pris le pouvoir en 1997 et a dirigé le pays jusqu’en 2001. Dans les deux cas, ces mouvements contestent la légitimité du pouvoir en place et appellent à son remplacement.
"En 1996-1997, quand on lit le discours, il s’agissait de pouvoir renverser le régime dictatorial de Mobutu, qui était considéré comme celui qui focalisait la plupart des problèmes dans la région des Grands Lacs. Il fallait absolument changer de régime à Kinshasa. Aujourd’hui, en lisant les différents discours de l’ancien président, il partage l’objectif de pouvoir renverser le régime de Kinshasa, qu’il juge dictatorial", explique le professeur Bob Kabamba, enseignant à l’université de Liège, en Belgique.
Le FRN veut afficher une identité congolaise
Le président Félix Tshisekedi n’a cessé d’accuser son prédécesseur d’être le chef de la rébellion de l’AFC/M23. Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire a condamné à mort Joseph Kabila, notamment pour haute trahison, en raison de ses liens avec cette rébellion.
Joseph Kabila et son entourage ont toujours rejeté ces accusations. Dans sa charte, le FRN annonce la fin de l’AFC et son remplacement par cette nouvelle structure politico-militaire, qui revendique le recours à la force.
En plaçant Joseph Kabila à sa tête, le mouvement cherche à donner une identité congolaise à un conflit longtemps attribué au Rwanda, lequel soutient militairement les rebelles du M23.
"Ça sera pour tenter de mettre de côté la régionalisation et l’implication directe du Rwanda dans la crise. Mais je crois que la naïveté internationale et nationale n’ira pas à ce point parce que des mécanismes internationaux ont été lancés. Il y avait déjà une confirmation de cette implication et le Rwanda parlait de mesures défensives pour ne pas nier sa présence au Congo", souligne le professeur Philippe Doudou Kaganda, directeur scientifique du Centre de recherche sur les conflits et la paix dans la région des Grands Lacs.
Exclu du dialogue, Kabila privilégie la voie militaire
La création du FRN intervient alors que le président Félix Tshisekedi a récemment appelé à un dialogue national, tout en excluant les groupes armés, notamment l’AFC/M23.
Selon le professeur Bob Kabamba, cette exclusion pourrait contribuer à expliquer le choix de Joseph Kabila de privilégier la voie des armes.
"L’espace politique à Kinshasa s’est restreint avec ce que Kabila appelle l’instauration de la dictature et en restreignant, il ne resterait que l’option militaire qui pourrait ramener à ce qu’on puisse élargir l’espace politique au Congo. Donc, il a manifestement opté pour l’option militaire en espérant que l’option militaire va arriver à l’objectif, selon lui, de mettre fin à la dictature."
Joseph Kabila a accompagné l'AFDL menée par son père, Laurent-Désiré Kabila, qui a été assassiné dans son bureau, en janvier 2001. Il lui a succédé à la tête du pays et a dirigé la RDC jusqu’en 2018. Il avait auparavant fondé le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, le PPRD.