Les violences sexuelles contre les femmes en hausse en RDC
25 novembre 2025
Le 25 novembre de chaque année, c’est la Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle à l’égard des femmes. Une occasion pour le lancement d’une campagne de 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes.
En République démocratique du Congo, le conflit dans l'est du pays a accru le nombre de victimes de violences sexuelles. Dans la province du Sud-Kivu, des organisations de défense des droits de la femme estiment que la situation va de mal en pis.
Avant la prise de la ville de Bukavu, mi-février, par les rebelles de l’AFC-M23, des militaires de l’armée congolaise avaient déjà commis des violences sexuelles sur des femmes de plusieurs villages des territoires de Kabare et Kalehe, situés dans le nord de la province du Sud-Kivu.
Procès en flagrance
À la suite de la mobilisation de la société civile et des défenseurs des droits humains, un procès en flagrance contre une centaine de militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) s’est tenu à Bukavu, en février dernier.
Cette femme d’une cinquantaine d’années, que nous nommerons Riziki, témoigne de son agression par des militaires congolais qui ont aussi pillé sa maison de Kavumu, à une trentaine de kilomètres au nord de la ville de Bukavu.
"Trois militaires se sont introduits dans ma maison pour piller, l’un d’eux s’est glissé dans ma chambre pour me violer, mais j’ai résisté. Les autres, qui pillaient mes biens au salon, lui ont dit qu’ils devaient repartir, mais il leur a répondu qu’il aimait violer les femmes barbues (sic). Heureusement que mon fils est venu à mon secours. Ils sont repartis après avoir tout saccagé. J’ai besoin désormais d’une aide psychologique", affirme-t-elle.
Alors que les victimes s’attendaient à des condamnations à l’issue du procès, la prise de Bukavu par l’AFC-M23 est venue tout arrêter. Les accusés ont fui, de même que les juges et les avocats.
Détérioration de la situation dans l'est du pays
La situation ne s’est pas améliorée. Après l’occupation de Bukavu et de Goma, de nombreux cas de viols et de violences sexuelles commis par les rebelles ont été rapportés. Des femmes déplacées ont été contraintes à des actes sexuels en échange de différents services.
Dans la plupart des cas, les victimes n’ont pas porté plainte à cause de la peur et de la honte.
Accusée faussement par une voisine, cette jeune fille, qui a requis l’anonymat, a passé quelque temps dans un cachot de l’Agence nationale des renseignements. Elle dit qu’elle a échappé de peu au viol et témoigne de ce qu’elle a vécu :
"Apparemment, c’est l’habitude de ceux qui font la garde la nuit. Quand il y a une femme détenue, ils la violent. Quand j’ai vu le décor de ce cachot, je me suis rappelé que, sur les réseaux sociaux, j’avais vu la vidéo d’une jeune fille qui était en train d’être violée et la scène avait été filmée par ses bourreaux. La nuit, l’un des militaires qui montaient la garde est venu vers moi et il a menacé de me violer, mais quand je l’ai repoussé, il m’a frappé avec la crosse de son fusil. J’ai crié et heureusement, leur supérieur est arrivé. Il a été frappé à son tour. Ceux qui ont assisté à la scène m’ont dit que c’est ce qu’ils ont l’habitude de faire sur les femmes, à l’insu de leur hiérarchie".
Le nombre de victimes en hausse
Il n'existe pas de statistiques officielles sur le nombre de viols et d’agressions sexuelles commis dans la région, depuis la prise de contrôle par les rebelles de l’AFC-M23.
Toutefois, dans un rapport publié en juin dernier, Médecins sans frontières estime que, depuis le début de l’année 2025, près de 7 400 femmes ont été agressées dans le Nord-Kivu, et près de 700 dans le Sud-Kivu.
D'après Willermine Ntakebuka, la coordonnatrice de l’organisation de défense des droits des femmes Vision communautaire, "les chiffres qui ont été rapportés par MSF sont très alarmants. Cette guerre devrait prendre fin dans l’est de la RDC. 30 ans, c’est trop, avec toutes les conséquences que subissent les populations civiles et plus particulièrement les femmes et les filles. Les femmes ne devraient pas payer ce lourd tribut des conflits armés".
Des associations de défense des droits des femmes estiment que les survivantes des violences sexuelles ont besoin d'un soutien non seulement économique, mais aussi psychologique dans les zones affectées par le conflit, notamment dans les provinces de l’Ituri, du Sud-Kivu et du Nord-Kivu.