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Kinshasa: quand la pluie charrie des ordures

20 octobre 2025

En République démocratique du Congo, la saison des pluies a commencé. A Kinshasa, les fortes précipitations s'abattent sur des rues dégradées, bordées de canalisations bouchées par les déchets plastiques.

En avril 2025, vue aérienne de Kinshasa avec des rues sous l'eau
En avril 2025, des quartiers entiers de Kinshasa avaient été inondésImage : Samy Ntumba Shambuyi/AP/dpa/picture alliance

En République démocratique du Congo, la saison des pluies a commencé et avec elle, les inquiétudes reviennent à Kinshasa, la capitale. La mégapole compte plus de 17 millions d'habitants et les habitants redoutent une nouvelle vague d'inondations meurtrières, avec, à la clé une recrudescence des maladies hydriques et vectorielles, comme le choléra et le paludisme. 

L'eau de septembre est toujours là

Dans les rues de Kinshasa, les premières pluies sont tombées fin septembre… et l'eau peine toujours à s'évacuer. 

Entre les sacs plastiques, les déchets industriels et les déblais de construction, les caniveaux sont saturés. Résultat : les flaques s'étendent, les eaux montent et les habitants redoutent le pire. 

Dans la commune de Kintambo, Yves Kalala occupe une parcelle collée au caniveau. Un emplacement où, à chaque pluie, l'eau monte rapidement.

"Nous essayons parfois de nettoyer nous-mêmes les caniveaux devant nos maisons, raconte Yves Kalala. Mais les camions de ramassage ne passent presque jamais. À chaque pluie, tout déborde, les eaux envahissent nos parcelles et les déchets reviennent d'où on les a sortis. Nous vivons dans la peur à chaque orage, sans solution durable. Franchement, on ne sait plus comment s'en sortir, et c'est profondément déplorable."

Kinshasa manque d'égouts

Ce constat est partagé par Arlette Mwadi, habitante de Lingwala. Dans son quartier, les caniveaux débordent à la moindre averse, faute d'entretien régulier.  

Elle pointe du doigt l'inaction des autorités locales et réclame des mesures concrètes avant que les pluies ne fassent, une fois encore, des victimes. 

"Même en temps normal, regrette-t-elle, Kinshasa manque cruellement de canalisations et d'un système efficace de gestion des déchets. Mais depuis le lancement des grands chantiers, la situation s'est aggravée : les points de collecte ne sont plus suivis, les tas d'ordures s'accumulent et la plupart des routes sont aujourd'hui impraticables. C'est devenu un vrai parcours du combattant pour les habitants."

"Kinshasa ezo bonga” pour changer les mentalités

Face à ces critiques, le gouvernement provincial met en avant son programme "Kinshasa ezo bonga”, censé restaurer la propreté de la ville. 

Guellord Mbusa, responsable de ce projet, explique : "Le programme progresse étape par étape, mais le plus grand défi reste le comportement de chacun. Le gouvernement seul ne peut pas tout faire. Sans l'engagement des citoyens, aucun projet d'assainissement ne tiendra. Les Kinois doivent changer leur mentalité, trier leurs déchets et les déposer dans les points de collecte désignés. C'est ensemble, et seulement ensemble, que nous pourrons rendre Kinshasa plus propre et plus vivable."

Des gestes simples qui sauvent

Selon Myriam Ntumba, épidémiologiste à Kinshasa, les eaux stagnantes constituent un véritable foyer de maladies. 

"Nous observons chaque année une recrudescence des cas de choléra, de paludisme et de fièvres typhoïdes durant la saison des pluies, surtout chez les enfants, déclare la chercheuse. Les moustiques prolifèrent dans les eaux stagnantes, tandis que les bactéries contaminent les puits et les rivières. Il devient urgent de renforcer la surveillance épidémiologique, mais aussi la sensibilisation des populations.

Beaucoup de familles consomment encore de l'eau non traitée, souvent prélevée dans des zones contaminées. Pourtant, des gestes simples peuvent déjà sauver des vies : se laver régulièrement les mains, traiter l'eau à domicile et couvrir les réservoirs. Mais sans une gestion structurée des déchets et un curage régulier des caniveaux, ces efforts resteront limités."

A l'heure où la pluie recommence à tomber, Kinshasa se retrouve donc, comme chaque année, face aux risques d'inondation et d'épidémie.  

En juin dernier, les inondations avaient causé la mort d'environ 20 personnes et fait plus de 10 000 sinistrés. Ce genre de drame est devenu récurrent dans la capitale congolaise. 

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