En RDC, les promesses déçues du processus de paix de Doha
17 septembre 2026
La situation reste préoccupante dans l’est de la République démocratique du Congo. Le nombre de déplacés ne cesse d’augmenter, en raison des affrontements qui se poursuivententre les forces armées congolaises, appuyées par les miliciens Wazalendo, et les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda.
Les négociations de Doha, au Qatar, entre Kinshasa et l’AFC/M23 avaient pourtant suscité des espoirs de sortie de crise. Mais le processus de paix semble enrayé.
Le Baromètre des accords de paix en Afrique a évalué la mise en œuvre des engagements, treize mois après le lancement du processus, en juillet 2025. Dans son rapport publié en août dernier, le baromètre conclut que la mise en œuvre reste limitée.
Des engagements encore largement inappliqués
Le Baromètre des accords de paix en Afrique relève notamment des difficultés autour du cessez-le-feu, de la libération des détenus et de la mise en œuvre de l’accord-cadre de Doha. Il évalue à 18,6 % le niveau d’exécution des engagements pris par les deux parties, dans le cadre du processus de Doha.
"Sur le plan de l’implémentation par instrument, le mécanisme de libération des détenus a enregistré un score cumulé de 25 %. Seuls 15 détenus ont été libérés sur les 477 identifiés. Quant au mécanisme de supervision et de vérification du cessez-le-feu, il a obtenu un score de 17,3 %. En ce qui concerne l’accord-cadre de Doha qui a enregistré un score de 16,7 %, les huit protocoles prévus dans le cadre de cet accord n’ont pas tous été adoptés", précise le professeur Roger-Claude Liwanga, membre du Baromètre des accords de paix en Afrique.
Le dialogue s’organise, la guerre se poursuit
À Kinshasa, les autorités misent désormais aussi sur undialogue national. Le président Félix Tshisekedi a récemment signé une ordonnance instituant le Comité d'organisation préliminaire du dialogue.
Alors que l’opposition insiste sur le caractère inclusif d’un dialogue censé résoudre la crise qui frappe l’est du pays, le président Félix Tshisekedi campe sur sa position : pas de participation des groupes armés, notamment de l’AFC/M23.
Le professeur Moïse Cifende Kaciko, enseignant à l’Université catholique de Bukavu, estime que les rebelles de l’AFC/M23 sont essoufflés et que la population, dans les zones qu’ils occupent, leur reste hostile.
Mais il ajoute que les autorités congolaises ne devraient pas être distraites par l’organisation du dialogue, et négliger le conflit dans l’est du pays.
"Cette situation peut laisser craindre que pendant le dialogue, ou même avant le dialogue, ils tentent de reprendre quelques territoires. La réalité est que les forces de défense sont à pied d’œuvre et l’autorité devrait faire attention, parce que pendant cette période, l’ennemi pourrait tenter soit d'attaquer pour saper le dialogue, soit de se renforcer", explique-t-il.
Pour Kinshasa, c’est dans le cadre des discussions de Doha que la question de cette rébellion doit être traitée. Entre les engagements pris à Doha, le dialogue annoncé à Kinshasa et la réalité des combats sur le terrain, la recherche d'une paix durable reste confrontée à de sérieux obstacles.