L'incendie du siège du PPRD fait craindre des violences
6 mai 2026
En République démocratique du Congo, la violence s'est imposée, depuis des décennies, comme un élément central du débat politique.
Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, le PPRD, de l’ancien président Joseph Kabila, a dénoncé l’incendie de son siège et accusé les militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social, l’UDPS, du président Félix Tshisekedi, d’en être les auteurs.
L’incendie est survenu, ce lundi (04.06.2026), lors d’une marche de soutien de l’UDPS aux sanctions américaines contre Joseph Kabila. Cette récurrence des violences est soulignée par de nombreux analystes, lesquels déplorent l’absence d’une culture politique plus apaisée.
Le camp Kabila dénonce une "dictature" et mise sur les voies legales
Le parti de l’ancien président Joseph Kabila dénonce l'instauration d’une “dictature”. Après l’incendie de lundi, le PPRD affirme qu'il va s'en remettre aux lois du pays.
“Dans un contexte démocratique où il y a le multipartisme, on ne peut pas écraser un autre parti politique. Nous allons donc faire appel aux lois de la République et à la Constitution, ainsi qu’à la communauté internationale, afin de constater la dérive dans laquelle nous sommes plongés. C’est extrêmement grave. Nous sommes dans une prison à ciel ouvert. L’UDPS nous a amené la dictature“, souligne Aristote Ngarime, le secrétaire national en charge de la communication du PPRD.
L'UDPS dément toute implication
En 2016,l’UDPS, qui était dans l’opposition, avait également accusé le PPRD, alors au pouvoir, d’avoir incendié son siège, où cinq de ses membres étaient morts brûlés .
Adolphe Amisi Makutano, président de la ligue des jeunes de l’UDPS, n’hésite désormais pas à nier l’existence du PPRD.
“L’UDPS n’a pas le temps d’aller incendier la permanence du PPRD, s’il existe encore. C’est un parti politique déjà suspendu sur toute l’étendue du territoire national. L’UDPS, c’est un parti très discipliné. Nous avons marché paisiblement. Tous ces gens qui étaient là-bas ont adhéré à d’autres partis politiques de l’Union sacrée. Je crois que Kabila ne mérite plus d’être considéré“, déclare t-il.
Justice et débats d'idées contre les violences
Justicia ASBL, une organisation de défense des droits de l’Homme, condamne ces violences et se dit “choquée” par l’incendie du siège du PPRD.
Le politologue Justin Kamilolo, membre de la Dynamique des politologues du Congo, la Dypol, regrette cette culture de l’affrontement et réclame plus de respect dans le débat d’idées.
“Dans une démocratie, ce qui compte, ce ne sont pas des biceps. C’est la divergence d’opinions. Quoique l’UDPS ait connu la même situation, cela ne peut pas justifier le fait de faire ceci parce que cela risque de se perpétuer", avertit-il avant de recommander : "nous pensons qu’il faut que la justice congolaise prenne des mesures qui s’imposent pour que cela serve de leçon. Une façon de faire dans la démocratie, c’est d’opiner, de donner son avis.“
Justin Kamilolo redoute toutefois la perpétuation des violences politiques. Car cette répétition engendre une culture de la vengeance, de la rancune, qui fragilise la démocratie dans le pays.