Frayeur après l’attaque de drones à Kisangani en RDC
4 février 2026
En République démocratique du Congo, le mouvement rebelle AFC-M23 a revendiqué l’attaque aux drones menée dimanche (01.02.2026) contre l’aéroport de Bangoka, à Kisangani. Selon les autorités de la province de la Tshopo, huit drones chargés de sous munitions ont été interceptés avant d’atteindre leur cible. Aucune perte en vie humaine n’a été déplorée et le trafic aérien n’a pas été perturbé.
Une nuit de peur et d’exode
"Entre minuit et deux heures du matin, deux drones ont été abattus, ce qui a entraîné la panique dans le village. Nous nous sommes dit que si ce drone tombe sur nous, ça sera dangereux, il y aura mort d'homme. Nous avons eu peur et à partir de trois heures, en grand nombre, nous nous sommes déplacés", raconte Jean Etongo, cultivateur.
Il vit aux abords de la piste d’atterrissage de Bangoka, l’aéroport de Kisangani. Comme beaucoup de ses voisins, il a été réveillé par les bruits des drones, dans la nuit de samedi à dimanche.
Depuis, il a trouvé refuge au centre de Kisangani, à 17 kilomètres de l’aéroport international. Aujourd’hui, ce père de famille vit dans un chantier abandonné, sans porte ni fenêtres. Comme Jean Etongo, Espérance a fui son village après avoir entendu les détonations de l’attaque.
"Les soldats n'ont pas voulu que nous nous en allions. C'est notre propre peur qui nous a fait partir, avec les tirs qui inquiétaient nos enfants. Quand un drone s’approchait, on entendait des crépitements de balles et quand il y avait un grand bruit, c’est qu’il avait été abattu. Ensuite, le silence revenait", témoigne Espérance.
Appel au calme
Selon un message officiel, diffusé sur les antennes de la télévision nationale, ces drones étaient armés et avaient pour objectif de provoquer des dégâts humains et matériels. Les autorités congolaises appellent désormais la population au calme et leur demandent de ne pas céder aux rumeurs, ni à la panique.
"Kisangani est considérée comme le dernier verrou pour les rebelles",explique Gentil Sefu, vice-président de la Nouvelle dynamique de la société civile.
Il demande l'aide du gouvernement : "Nous demandons au gouvernement congolais de fournir les efforts nécessaires, afin d'envoyer du matériel sophistiqué à Kisangani, notamment les détecteurs, et de doter Kisangani de drones et d’avions de chasse."
Une ville au rôle stratégique majeur
Troisième ville du pays après Kinshasa et Lubumbashi, Kisangani reste une cité stratégique, notamment du point de vue économique et militaire. Une ville que l’Etat congolais ne peut pas perdre, explique Alphone Maindo, professeur de sciences politiques à l’Université de Kisangani.
"C’est le carrefour stratégique entre l’Est et l’Ouest. Si tu contrôles Kisangani, tu peux facilement, par le fleuve, aller à Kinshasa. La région de Kisangani a quand même aussi beaucoup de ressources naturelles. Des ressources ligneuses, comme le bois et autres, mais aussi des ressources minérales, comme l’or et le diamant. Sur le plan militaire, à proprement parler, Kisangani est devenu l’une des bases arrière de nos forces armées. C’est aussi le chef-lieu de la troisième zone de défense et donc, on peut comprendre que les ennemis du Congo puissent considérer Kisangani comme une cible", ajoute Alphone Maindo.
Kisangani n’a pas oublié les cicatrices de la guerre des Six Jours, en juin 2000. Un millier de Congolais, dont une majorité de civils, avaient alors été tués dans des affrontements entre les armées rwandaise et ougandaise. Dans les rues de la ville, dans les familles, ces souvenirs restent vivaces. Aujourd’hui encore, alors que de nouvelles menaces planent, les habitants de l’est de la RDC n’aspirent qu’à une chose : tourner la page des conflits et enfin vivre en paix.