Des slogans politiques accompagnent le retour des Léopards
9 avril 2026
Le retour de l'équipe nationale de football congolaise à Kinshasa, dimanche 5 avril, a suscité une ferveur populaire exceptionnelle. Les joueurs ont été escortés par une foule ravie de fêterla qualification des Léopards pour la prochaine Coupe du monde.
Mais cette communion nationale autour du football a aussi très vite pris une tournure politique, notamment avec des appels explicites en faveur d'un troisième mandat du président Félix Tshisekedi.
Ce mélange entre sport et politique interroge sur la spontanéité de certains supporters. Du côté du pouvoir, on nie toute manipulation, mais l'opposition n'a pas apprécié la symbolique.
Ainsi, la présence de messages politiques, notamment d'une pancarte avec le message "Ti na 3", qui fait référence à un troisième mandat présidentiel de Félix Tshisekedi, interroge sur la frontière entre célébration sportive et expression politique.
Entre sport et politique, la limite est fine
Pour Hergy Nlandu, fan de football et assistant à la faculté des lettres et sciences humaines à l'Université de Kinshasa, ces affiches n'avaient pas leur place au palais du peuple. Pour lui "dire Ti na 3, à quelle loi fait-on référence ? Et, chose grave, ces affiches ont été placardées au Palais du peuple. Cela donne l'impression que tout le monde est d'accord avec cet avis. S'ils veulent que le président Tshisekedi reste là jusqu'à l'éternité, nous serons prêts à mourir pour cette nation".
Pour Adolphe Voto, professeur en Sciences de l'information et de la communication, la distance entre le politique et le sport est très étroite. Il rappelle que "la Fifa dresse des normes pour que le sport soit rassembleur, mais entre le dire et le faire, il y a une marge. Ce n'est pas facile de faire observer tout ça. Je me souviens, lors de la Can, dernièrement, on a vu le portrait du roi du Maroc en bonne posture derrière le décor de la Fifa".
Joseph Bulabula, cadre de l'UDPS, le parti présidentiel, conteste le terme de récupération politique. Pour lui, "les Léopards, c'est une équipe nationale qui réunit les Congolais de tout bord. On ne peut pas empêcher chaque Congolais d'exprimer son ressenti. Changement de Constitution ou pas, c'est au peuple congolais de s'exprimer librement".
Critiques de l'opposition
Dans l'opposition, à l'inverse, on dénonce une instrumentalisation de cette victoire. Le parti Envol rappelle qu'en dépit des performances de l'équipe nationale, le deuxième mandat présidentiel se termine en 2028.
Rodrigue Ramazani, secrétaire général de la formation politique, estime que "les Léopards n'ont pas de couleur politique. Cette communication n'avait pas sa place à cet endroit précis. Nous soutenons et nous sommes fiers de la qualification de nos léopards parce que nous sommes Congolais et que les Léopards ont reçu le soutien de tous les Congolais. Même si les Léopards arrivaient à gagner la Coupe du monde, le mandat de monsieur Tshisekedi s'arrêtera en 2028".
La politique est aussi présente dans le sport congolais avec certains politiciens qui sont propriétaires de clubs. C'est le cas de Moise Katumbi avec le TP Mazembe, Vidiye Tshimanga avec Les aigles du Congo, Jacques Kyabula avec Saint-Eloi Lupopo, ou encore Guy Mafuta avec l'AC Dibumba.