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Procès des violences sexuelles à la prison de Makala en RDC

18 juin 2026

Le procès des violences sexuelles, commises lors des événements survenus en septembre 2024, à la prison centrale de Makala, à Kinshasa, se tient devant la justice congolaise. Compte-rendu d'audience.

DR Kongo I Makala Gefängnis, Kinshasa
Image : Jean Noel Ba Mweze/DW

Dans la nuit du 1er au 2 septembre 2024, une panne de courant est survenue dans la prison de Makala, à Kinshasa, en RDC. Elle avait été suivie par une tentative d'évasion de dizaines de détenus. 129 prisonniers ont alors été abattus par les gardiens de la prison et les forces de police. 

Lorsque les détenus ont atteint le pavillon 9, celui des femmes, 268 d'entre elles, sur un total de 348, soit 80 % des femmes détenues, ont été violées dans des conditions d'une violence extrême, selon les estimations des Nations unies.

À l'audience de ce mercredi 17 juin, les avocats de l'État congolais se sont efforcés, avant tout, de nier toute culpabilité des institutions publiques. Les détails sur cette terrible affaire.

80% des femmes détenues à Makala ont été violées en septembre 2024Image : Jean Noel Ba Mweze/DW

"La République n'y est pour rien"

À la nouvelle audience de ce mercredi 17 juin, les avocats de la République ont répété que l'État congolais n'avait commis aucune faute. Pour maître Christophe Ombela, la responsabilité de la République n'est donc pas établie. 

« La République n'y est pour rien. Le dossier, tel qu'il a été présenté, ça a été fait dans la précipitation. Nous avons eu à le démontrer au tribunal. Nous attendons que la justice puisse se prononcer. »

Même position du côté de maître Véronique Kela Tshimuanga, également avocate de la République. Elle affirme que les victimes ont été prises en charge par l'État congolais, après les événements dramatiques de septembre 2024, et que les éléments produits devant la justice demeurent insuffisants pour incriminer les institutions.

« Certes, il y a eu une date où il y a eu violence à la prison centrale, reconnaît l'avocate, mais ces femmes ont été prises en charge. L'État congolais avait pris ses responsabilités. On ne peut pas revenir devant un tribunal sans apporter de preuves suffisantes, attestant qu'il y a eu violence, pour faire saigner les caisses de la République.»

Des soldats devant la prison de Makala après des tentatives d'évasion (3 septembre 2024)Image : Hardy Bope/AFP

Une honte, selon les parties civiles

Des arguments toutefois rejetés par les avocats des victimes. Maître Gédeon Lokwa estime que l'État est responsable des crimes qui se sont produits dans un établissement placé sous sa responsabilité :

« C'est honteux que la République réagisse de cette manière-là. C'est elle qui organise la détention, l'emprisonnement, et c'est elle qui sécurise. Si elle faillit à l'une de ses missions, elle doit en être responsable. Et malheureusement, la République tente de s'y échapper par des moyens dilatoires qui ne tiennent pas. »

Des victimes qui attendent toujours d'être dédommagées

À la sortie de l'audience, l'une des victimes a également contesté les affirmations des avocats de l'État, selon lesquelles les victimes auraient bénéficié d'une prise en charge.

« On n'a jamais été dédommagées, témoigne-t-elle. On ne nous a jamais remis d'argent et nous n'avons bénéficié d'aucune prise en charge, même pas pour nous sortir de la prison après ces événements. Seules les personnes qui nous ont violées ont été libérées. »

Les parties civiles demandent au tribunal de condamner la République au paiement, pour chacune des victimes, d'une indemnisation équivalente en francs congolais à un million de dollars américains pour les préjudices subis. 

Elles réclament également une prise en charge sanitaire et un accompagnement psychologique.

Le tribunal a mis l'affaire en délibéré et sa décision est attendue à une date ultérieure.

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