RDC : fuite massive de civils dans le Haut-Uele
11 juin 2026
Depuis près de trois semaines maintenant, l'armée congolaise s'est lancée à la poursuite des ADF, après que ceux-ci ont massacré des populations civiles dans plusieurs villages du territoire de Watsa.
Cette situation provoque des déplacements massifs de populations. Les autorités provinciales comptent plus de 28 000 déplacés, dont environ 7 000 dans la ville d'Isiro.
Jeannete Amboko a quitté le village Trois ponts, situé sur la route nationale n°26, laissant tout derrière elle. Elle a fui les ADF qui ont attaqué le village de Mboka Sika, en avril dernier.
Cela fait 12 jours qu'elle est et son mari vivent à Gosamu, un site comptant plus de 3 000 déplacés, selon la Division provinciale des affaires humanitaires. "Nous n'avons rien : nous n'avons pas de casseroles, nous n'avons pas de lit, nous dormons à même le sol. Qu'on nous vienne en aide !", explique Jeannete Amboko qui se plaint des conditions de vie.
Les ADF font fuir les civils
Esther Kalau et ses deux enfants ont aussi fui l'activisme des ADF à Mungwere. Depuis, elle n'a plus de nouvelles de son mari qui s'était rendu aux champs, avant le déplacement brusque de tout son village. "Je ne sais pas où se trouve mon mari. Je ne sais pas s'il est déjà mort. Avec cette grossesse et les enfants, je ne sais pas ce que je vais faire".
Selon la Division des affaires humanitaires dans le Haut-Uele, plus de 28 000 personnes sont touchées par cette situation. Roger Madingwe, chef de division, a déjà enregistré deux décès, sept accouchements et trois cas de violence sexuelle dans le camp de Gosamu, en l'espace de 12 jours. Roger Madingwe rdoute une propagation de l'épidémie d'Ebola, alors que les organisations humanitaires ne sont pas présentes dans la région.
"Le Haut-Uele est une province voisine de la province de l'Ituri qui connaît déjà la maladie à virus Ebola. Et la crainte, c'est qu'avec la promiscuité, il y ait le déclenchement d'une épidémie, ici, chez nous. Ce qui est comme un défi, c'est l'absence totale des actes humanitaires dans la région. Nous avons lancé des SOS, mais aucune organisation humanitaire n'a accepté de venir au secours de ces déplacés. Nous appelons les organisations humanitaires à venir appuyer ces déplacés, faute de quoi nous nous retrouverons dans une situation incontrôlable."
Les FARDC également visées par les rebelles
L'armée affirme poursuivre les rebelles ADF dans le territoire de Watsa. Les FARDC ont également été durement touchées : un militaire haut gradé, dans le commandement du secteur Uele, a été récemment tué. Le major Nestor Mavudisa, porte-parole de la troisième zone de défense, conseille aux populations d'éviter certains secteurs dangereux.
"Ayant subi des lourdes pertes en vie humaine et perdu plusieurs matériels, ces hors-la-loi se déplacent en petits groupes vers des agglomérations et en empruntant des routes de desserte agricole. C'est pour cette raison que les FARDC ont alerté la population de ne pas fréquenter la route Isiro-Mungbwere, pour éviter des dégâts pendant cette courte période où les forces armées sont en train de mener un ratissage sur cette route, afin de mettre un terme à l'activisme de ces hors-la-loi."
C'est la première fois que les ADF pénètrent dans la province du Haut-Uele. Leurs tueries dans le territoire de Watsa sont encore peu documentées. Une autre province est menacée par leur présence : celle de la Tshopo, voisine du Haut-Uele, du Nord-Kivu et de l'Ituri. Selon les autorités du territoire de Bafwasende, dans la province de la Tshopo, les ADF seraient désormais tout proches.