Louis Watum Kabamba parle du secteur minier en RDC
17 décembre 2025
En République démocratique du Congo, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, était récemment à Berlin pour nouer de nouveaux partenariats avec l'Allemagne dans le secteur minier. Ce secteur est également au cœur de l'accord de Washington signé début décembre entre la RDC et le Rwanda, sous l'égide des États-Unis. L'objectif affiché : pacifier l'Est congolais tout en garantissant aux industries américaines un approvisionnement en minerais stratégiques. Pour l'heure, la paix n'est pas encore à l'ordre du jour… contrairement aux affaires.
Ecoutez ou lisez l'interview de la DW avec Louis Watum Kabamba.
DW : Bonjour monsieur le ministre.
Louis Watum Kabamba : Bonjour.
DW : Un accord a été signé à Washington qui suit un peu le principe de paix contre minerais. Est-ce que vous vous êtes peut être trompé parce qu'au moment où on se parle, la paix se fait toujours attendre ?
Louis Watum Kabamba : On ne s'est pas trompé du tout. Je crois qu'il est important que nous disions de manière solennelle que nous sommes ouverts à tout partenariat, nous sommes ouverts à l'intégration régionale, nous sommes ouverts à un modèle de partage des richesses, mais sous certaines conditions. Et ces conditions ont été très bien mis dans les documents que nous avons signés à Washington, notamment le retour de la paix, notamment le retrait de toutes les troupes étrangères. Tout cela est nettement et clairement écrit dans les accords. Et donc nous n'avons pas signé un mauvais accord, un très bon accord. Il faut maintenant que chaque partie accomplisse son devoir et tant que cela ne sera pas fait, très bien, on va continuer à se battre jusqu'à ce que la paix revienne et qu'on rétablisse l'intégrité territoriale de notre pays et l'autorité de notre Etat. Ce n'est pas à discuter, ce n'est pas à vendre. Nous sommes décidés à le faire et nous irons jusqu'au bout avec ça. Et ce n'est qu'après qu'on va parler d'intégration régionale.
DW : Et tout de même, il y a pas mal de gens qui se demandent déjà quelles mines seront dans les mains des Américains ?
Louis Watum Kabamba : Oui, mais nous sommes ouverts. Regardez la RDC aujourd'hui, son potentiel minier n'est exploité qu'à moins de 10 %.Et donc les 90 % reste tout à fait ouvert à tout partenariat. Et donc nous invitons tous les investisseurs potentiels, Américains ou non Américains, à mettre un peu de côté toute cette mauvaise perception qu'ils ont sur la RDC et à voir la RDC pour ce qu'elle est. Les efforts qu'elle fait aujourd'hui pour asseoir la bonne gouvernance, la discipline dans la défense de la chose publique, la traçabilité, la transparence parce que de gros efforts sont faits à ce sujet, des grandes réformes sont faites en termes de zones économiques spéciales, avec des guichets uniques, avec des facilités fiscales, parafiscales, douanières et administratives pour inviter les investisseurs à venir, regarder plutôt cela. Parce que aujourd'hui, les pays qui ont compris cela, les multinationales qui ont compris cela, qui sont déjà au Congo, ont investi déjà près de 45 milliards de dollars et continuent à demander d'investir plus parce qu'ils ont compris qu'il y a une loi qui existe, qui protège les investissements et les actifs, il y a une administration qui existe pour accompagner les investisseurs. Il faut travailler avec ces deux leviers là.
DW : Vous avez parlé de ceux qui ont déjà investi, c'est notamment la Chine. Cela veut dire, si les États-Unis s'investissent, eux, ce serait dans des nouvelles mines ?
Louis Watum Kabamba : D'abord, il n'y a pas que la Chine, il y a également les Canadiens, il y a Iron mines, il y a également Glencore. Il y a plusieurs autres entreprises, il n'y a pas que les Chinois. Et maintenant, si les Américains viennent, ils sont les bienvenus dans toutes ces mines qu'ils veulent bien pouvoir exploiter. Aujourd'hui, le modèle extractif que nous avons ne capture que 7 à 8 % de la vraie valeur sur toute la chaîne de valeurs et tout le reste, c'est pratiquement nos emplois et nos profits que nous exportons dans d'autres pays où la valeur ajoutée se fait. Et donc il est de plus en plus nécessaire qu'on ramène cela chez nous et qu'on ait des partenariats gagnant-gagnant avec les pays qui viendront investir. C'est pour cela que nous faisons un effort pour asseoir les infrastructures qu'il faut, puis toutes les facilités fiscales, parafiscales, douanières, comme j'ai dis, des zones économiques spéciales pour que les investisseurs se sentent à l'aise. Parce qu'on peut proclamer notre dotation minérale comme étant exceptionnelle, mais il faut avoir le courage de prendre les réformes qu'il faut.
DW : Et vous-même, vous avez déclaré la guerre à la corruption. Quels sont les moyens de lutter contre la corruption?
Louis Watum Kabamba : Nous sommes en train de digitaliser à outrance toute notre administration. Tout le processus de traitement de tout ce que nous faisons dans notre secteur, nous allons aller dans d'autres secteurs également, que ce soit dans les dépenses, que ce soit dans la collecte de recettes, que ce soit dans le traitement administratif... digitaliser à outrance, cela va réduire nettement la corruption.
DW : Comment la population profitera plus de cette richesse là ?
Louis Watum Kabamba : La loi minière, chez nous, le législateur a prévu cela. Déjà, il y a ce qu'on appelle les paiements infranationaux qui viennent dans les caisses des communautés locales autour des mines. Il y a 0,3 % du chiffre d'affaires des compagnies minières qui vont pour les communautés locales. Il y a 15% de la redevance minière, que chaque compagnie minière paye à l'exportation des minerais, qui vont dans les communautés locales. Il y a ce qu'on appelle le cahier de charges, qui est une sorte de contrat social, en fait, que la mine a avec les communautés locales pour faire un certain nombre d'infrastructures à caractère communautaire. Tout cela constitue un package qui est suffisamment fort pour pouvoir diversifier l'écosystème d'activités économiques autour de cette filière. Maintenant, le vrai challenge et la vraie responsabilité ne repose pas sur l'investisseur, mais sur les communautés locales pour lesquelles nous devons renforcer leurs capacités également pour réfléchir long terme et comprendre qu'une mine a une durée de vie. Une mine n'est pas éternelle et les communautés locales doivent maintenant se poser la question quand une mine a 20 ans de vie, qu'est ce que nous voulons voir après 20 ans ? Est ce que nous voulons voir un centre universitaire, une Silicon Valley, un centre hub logistique ? Qu'est ce que nous voulons voir ? Et cette vision là, c'est ce qu'il faut construire aujourd'hui. Parce qu'on sait sur la durée de vie que la mine va rapporter. C'est ça le vrai challenge. Mais les moyens sont là, la volonté est là et je suis un optimiste incorrigible. On va y arriver.
DW : Merci beaucoup, Monsieur le ministre.
Louis Watum Kabamba : Je vous en prie.