Polémique autour de la réouverture de l'aéroport de Goma
31 octobre 2025
Le Rwanda, à travers son ministre des Affaires étrangères, s'est opposé à la réouverture de cet aéroport, affirmant que c'est aux rebelles de l'AFC-M23 de décider, puisqu'ils occupent la ville de Goma depuis janvier dernier.
Selon Olivier Nduhungirehe, le ministre des affaires étrangères du Rwanda,"l'aéroport de Goma n'est pas un aéroport qui est en l'air, c'est un aéroport qui est dans un territoire occupé par des autorités de fait. Ici, à Paris, le M23 n'était pas représenté.Il faudrait qu'il y ait ses gens sur place."
Le ministre réagissait ainsi à l'annonce faite par le président français Emmanuel Macron, de la réouverture prochaine de l'aéroport international de Goma, pour des vols humanitaires.
Une réouverture indispensable
Des propos sans détour qui ne cherchent pas à dissimuler le rôle primordial que joue le Rwanda dans la crise dans l'est de la RDC, soutient Souzy Kisuki, activiste et membre de la société civile congolaise.
Il rappelle qu'au départ "le Rwanda niait toujours la présence de ses militaires sur le sol congolais, mais aujourd'hui, chaque Congolais doit prendre conscience que la guerre que mène le Rwanda est une guerre d'occupation, et que tout Congolais qui participe à cette guerre, combat son propre pays".
Depuis la fermeture de l'aéroport de Goma, en janvier dernier, à la suite de la prise du chef-lieu de la province du Nord-Kivu par la rébellion de l'AFC-M23, les organisations humanitaires disent être incapables à répondre aux urgences sur le terrain.
Daniel Lukoo est le coordinateur-adjoint d'une ONG locale qui vient en aide aux personnes âgées.Il explique que depuis que l'aéroport de Goma ne fonctionne plus, son organisation a fermé ses portes."C'est la seule voie qui nous permettait l'acheminement de l'aide humanitaire, depuis l'extérieur du pays, où résident nos bailleurs des fonds" précise par ailleurs Daniel Lukoo pour qui "il serait vital que cet aéroport soit remis en activité, pour nous permettre de pouvoir répondre aux besoins urgents des populations en détresse".
Le besoin de paix
L'opposition du Rwanda à la réouverture de l'aéroport de Goma est qualifiée d'ingérence par de nombreux Congolais, mais l'analyste Alidor Pilipili, estime que cette question n'est pas une priorité.
Pour lui "si on parvient à rouvrir l'aéroport, cela suscitera encore une fois des chantages de la part du gouvernement congolais, comme cela a encore été le cas lors de la signature de l'accord de Washington, comme si c'était une solution à la guerre". Alidor Pilipili estime que "le gouvernement ne fait que distraire la population avec des propos de réussite diplomatique, lesquelles réussites n'ont aucun impact sur la vie des citoyens congolais".
Pour lui "la population n'a pas besoin des atterrissages des avions, la population a plutôt besoin de la paix."
Sans surprise, la rébellion de l'AFC-M23 s'est alignée sur celle du Rwanda, en dénonçant l'annonce qualifiée "d'inappropriée" du président français Emmanuel Macron.