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RDC : un bouclier sanitaire fluvial contre Ebola

20 août 2026

L'initiative "Fleuve Sans Ebola" entend renforcer la surveillance sanitaire et la détection précoce des cas sur le fleuve Congo et ses affluents entre Kisangani et Kinshasa.

République démocratique du Congo, Kinshasa, 2026 | Cas suspect d'Ebola à bord d'un bateau – les passagers attendent les résultats des tests (photo d'illustration)
Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15.000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années. (Photo d'illustration)Image : Benoit Nyemba/REUTERS

Déclarée le 15 mai en République démocratique du Congo, l'épidémie d'Ebola a déjà causé plus de 2 420 décès sur 5 105 cas confirmés, selon les dernières données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette flambée est considérée comme la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays et progresse à un rythme particulièrement préoccupant. Pour freiner sa propagation, notamment le long des principales voies de transport fluvial, le gouvernement congolais et ses partenaires ont officiellement lancé ce jeudi à Kinshasa l'initiative "Fleuve Sans Ebola".

Ce projet vise à renforcer la sécurité sanitaire sur le fleuve Congo et ses affluents à travers une approche coordonnée axée sur la prévention, la détection précoce et la prise en charge rapide des cas d'Ebola et d'autres maladies à potentiel épidémique. Pour mieux comprendre les enjeux de cette initiative, ses objectifs et les actions prévues sur le terrain, nous avons interrogé le Dr Didier Bompangue, expert de l'OMS en maladies infectieuses.

DW : L'initiative "Fleuve Sans Ebola" vient d'être officiellement lancée, quel est son objectif principal et que comptez-vous concrètement mettre en place sur le corridor fluvial du fleuve Congo ?

Didier Bompangue : Ce qui va être fait, c'est de mettre en place un dispositif de surveillance, de détection précoce et de prise en charge rapide de tout cas suspect d'Ebola qui serait identifié sur l'axe Kisangani-Kinshasa en cette période de lutte contre la maladie à virus Ebola.

DW : Concrètement, comment ce dispositif va-t-il fonctionner sur le terrain ? Vous avez notamment évoqué des hubs et des unités flottantes. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Didier Bompangue : En fait, on va avoir deux grands types d'activités. Des activités sur les zones que nous appelons les points fixes : les ports, les petites localités et les campements qui longent le corridor fluvial. Ces localités ont été classifiées en trois catégories, dont les hubs majeurs. Nous en avons quatre : Kinshasa, Mbandaka, Kwamouth et Kisangani.

Nous avons aussi des hubs moyens et de plus petits points qui peuvent devenir des centres de regroupement de plusieurs populations, parce que ce sont des sites de pêche où l'on retrouve des populations qui viennent parfois de très loin, y compris des pays riverains.

Ensuite, nous aurons des activités sur les unités flottantes. C'est une expression qui regroupe les bateaux et les autres types d'embarcations qui naviguent sur ce corridor fluvial. Nous y déploierons un ensemble d'activités permettant d'assurer la surveillance et la prévention des infections, notamment à travers des kits de prévention et les moyens nécessaires à la prise en charge initiale des cas. Nous allons également renforcer le système de surveillance en faisant des armateurs et des équipages des premiers agents de surveillance communautaire. Grâce à la formation qu'ils recevront, nous allons installer sur leurs téléphones une petite application qui leur permettra d'envoyer des photos, des messages vocaux ou des signalements écrits directement vers une plateforme gérée à terre et connectée aux services du commissariat fluvial. Nous pourrons ainsi localiser les bateaux et déclencher rapidement les interventions nécessaires.

DW : Un tel projet nécessite la mobilisation de plusieurs secteurs. Comment sera organisée sa gouvernance ?

Didier Bompangue : La gouvernance est multisectorielle. Nous allons avoir une structure nationale de coordination multisectorielle pilotée par le ministère de l'Intérieur à travers la Direction générale de la protection civile. Elle sera secondée par le ministère des Transports, tandis que le ministère de la Santé assurera le secrétariat technique. C'est à ce niveau que seront rassemblées toutes les données. Autour de cette structure graviteront également d'autres ministères ainsi que l'ensemble des partenaires techniques et financiers qui accompagneront le pays dans la mise en œuvre de cette initiative.

DW : Cette initiative est-elle conçue uniquement pour répondre à l'épidémie actuelle d'Ebola ou s'inscrit-elle dans une vision à long terme ?

Didier Bompangue : C'est un projet. Un projet, c'est-à-dire que ça commence et ça se termine. La première phase va démarrer comme un projet consacré à lalutte contre Ebola. Mais il est déjà prévu de se projeter dans l'avenir. Nous allons profiter des leçons tirées de cette épidémie pour mettre en place un dispositif appelé à être pérennisé. Ce dispositif devra aller au-delà d'Ebola et même au-delà du bassin du fleuve Congo. En effet, le bassin du fleuve Congo n'est qu'un élément d'un ensemble beaucoup plus vaste qui comprend également le fleuve Oubangui, le fleuve Sangha et ce que l'on appelle le bassin Congo-Oubangui-Sangha. La perspective est donc de construire un modèle capable de rendre les corridors fluviaux du bassin Congo-Oubangui-Sangha plus résilients face aux flambées épidémiques.

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