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Wazalendo, ces "alliés" des FARDC souvent accusés de crimes

8 janvier 2026

Les Wazalendo qui soutiennent l’armée congolaise dans la guerre dans l’est de la RDC inquiètent de plus en plus.

 Uvira 2025 | des miliciens Wazalendo
Les wazalendo sont composés pour l'essentiel de combattants maï-maïImage : Daniel Buuma/Getty Images

Dans l'est de la République démocratique du Congo, des combats éclatent régulièrement entre les miliciens wazalendo. Ces combats sont le résultat de rivalités entre différentes factions d'une milice qui est une alliée importante de l'armée congolaise, dans sa guerre contre les rebelles du M23.

Parfois, les affrontements ont lieu en milieu urbain. C'est le cas dans la ville de Butembo, dans la province du Nord-Kivu, où ces miliciens, censés protéger la population, sont devenus une source d'insécurité. 

Les wazalendo sont composés pour l'essentiel de combattants maï-maï, des groupes d'autodéfense dont les dérives criminelles ont été plusieurs fois documentées par les Nations unies.

Des volontaires rejoignent les Wazalendo à BukavuImage : AMANI ALIMASI/AFP/Getty Images

Un témoignage bouleversant

Depuis début janvier 2026, des combats ont éclaté entre deux milices wazalendo rivales, dans les localités périphériques de la ville de Butembo, dans l'est de la RDC. Ces combats se sont entretemps rapprochés du centre-ville, où une attaque, le matin du 4 janvier, a provoqué une vive tension dans la ville.  

Le leader du groupe dit "des résistants nationalistes lumumbistes" a même été tué, lundi 5 janvier, lors de nouveaux affrontements. Cette faction serait devenue dissidente au sein des autres groupes d'autodéfense qui soutiennent l'armée congolaise, depuis la résurgence de la rébellion du M23.Mais ces affrontements en milieu urbain provoquent aussi des drames parmi les habitants de Butembo.

Cette étudiante, qui préfère rester anonyme, rappelle ainsi le meurtre de sa camarade, en novembre 2025, lors de combats entre deux factions de wazalendos.

"C'était un jeudi, des coups de feu ont surgi de partout. Nous avons couru, mais c'est en voulant se sauver que ma camarade a été atteinte par une balle à l'abdomen et elle en est morte. Ce jour-là, j'allais arranger ses cheveux après les cours, mais les miliciens l'ont tué et ça m'a brisé le cœur" raconte la jeune fille.

"Toutes les deux, nous venions de nous inscrire à l'université et on pensait être en sécurité avec la présence des wazalendo autour de nous " se souvient l'étudiante.

Un sentiment d'impunité

Les wazalendo sont essentiellement composés par des anciens maï-maï, des milices d'autodéfense très actives dans l'est du pays. Ceux-ci ont combattu l'armée congolaise pendant des années, avant de se ranger à ses côtés, officiellement adoubés par Kinshasa comme des alliés face aux rebelles du M23.

Mais différents rapports de la société civile et des ONG les accusent d'extorsion, d'arrestation illégale, de torture et de pillage des biens de populations. Certains groupes se sont même tournés vers des activités criminelles, comme le trafic de minerais.

C'est en septembre 2023, alors que la RDC se préparait aux élections présidentielles, qu'un décret du gouvernement a légalisé leur présence aux côtés de l'armée congolaise. Mais pour Stewart Muhindo, analyste sécuritaire et activiste au sein de la Lucha, cette reconnaissance n'a rien changé à la nature de ces groupes armés.

"Le fait d'avoir été reconnus par le gouvernement leur a donné une certaine légitimité et une liberté d'action qui leur garantie pratiquement une sorte d'impunité. Aujourd'hui, ils peuvent circuler, ils peuvent se battre, ils peuvent même administrer la justice dans ces entités parce qu'ils sont protégés par la légitimité qu'ils ont eue de la part des autorités " estime Stewart Muhindo.

C'est un décret du gouvernement qui a légalisé la présence des Wazalendo aux côtés de l'armée congolaiseImage : Stuart Price/AFP

Des craintes pour l'avenir

Au cours d'un point de presse, le 6 janvier à Butembo, John Maangaiko, porte-parole de la synergie des wazalendo dans le nord de la province du Nord-Kivu, a annoncé le début du déplacement des unités en dehors de la ville.

"Nous sommes en train de les délocaliser pour aller ailleurs. Il y a toujours une phase de sensibilisation. Nous lançons un appel à nos jeunes qui portent des armes. Ils doivent accompagner le gouvernement congolais et s'ils font le contraire, ils seront traqués comme d'autres" a expliqué John Maangaiko.  

Dans ce contexte, Stewart Muhindo craint que les wazalendo ne deviennent un problème difficile à gérer dans l'avenir.

Selon lui "ces groupes armés sont difficilement contrôlables par les forces armées de la RDC. Et surtout, il y a un facteur important de l'après-guerre". Il se demande par ailleurs ce qu'on fait pour s'assurer que "ces personnes, qui ont été mobilisées, redeviennent des civils avec une vie normale" et craint qu'on risque de créer "des personnes qui combattent contre le M23, mais qui seront une source d'insécurité sur le long terme".

La société civile locale condamne ces violences armées en milieu urbain. Elle exhorte tous les groupes armés à cesser immédiatement les hostilités et appelle les autorités à prendre des mesures urgentes, pour sécuriser la ville et protéger les civils.

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