Le recrutement des agents jetables par la Russie
16 septembre 2026
"La culpabilité d'avoir terni la bonne réputation que ma famille m'a donnée me brûle, d'avoir été dupé alors que ma famille m'a toujours averti", explique dans un tribunal Andres de la Hoz, un jeune Colombien, condamné à huit ans de prison pour un incendie criminel en République tchèque. Il est aussi accusé de deux autres actes de sabotage en Pologne
Andres De la Hoz a été contacté par un recruteur sur Facebook, dans un groupe listant des opportunités d'emploi en Pologne.
"Au début, la personne qui commandait l'opération lui demandait de prendre des photos de divers objets, explique Jacek Dobrzynski, du ministère des Services secrets polonais. C'est la première étape par laquelle les services russes passent pour recruter et convaincre. Une fois la première tâche accomplie, on lui demande d'en exécuter d'autres, pour de l'argent ou sous le chantage”.
Faire le sale boulot de la Russie
Surnommés les "agents jetables”, ils font le sale boulot de la Russie, parfois sans savoir qu'ils travaillent pour les services secrets russes.
Parmi les recrues se trouvent des migrants ukrainiens, des personnes condamnées pour des délits mineurs, des individus en quête d'argent facile.
Après plusieurs mois de recherches, les équipes d'investigations de la DW, ainsi que les médias publics LRT en Lituanie, CT en République tchèque, et RTVE Espagne ont identifié Oemis Romagoza Durruthy, un professeur de danse d'origine cubaine, vivant en Russie, comme étant le cerveau présumé d'une série d'opérations de sabotage en Europe pour les services de renseignement russes.
Actif sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme Dios, dans des groupes pour les Latino-Américains voulant trouver un emploi en Europe, il expliquait être à la recherche d'individus ayant une expérience militaire, dans la surveillance, le renseignement, la logistique.
Des incendies criminels
Promettant parfois plusieurs milliers de dollars, l'homme aurait recruté en 2024 au moins une douzaine de personnes pour des actions de sabotage en Pologne, en Lituanie, en Roumanie et en République tchèque. Avec pour mission d'incendier des magasins de matériaux de construction, un dépôt de bus, une usine de recyclage, du matériel destiné à l'Ukraine.
Aujourd'hui, les recrues de ce professeur de danse sont détenues ou ont déjà été jugées et purgent des peines d'emprisonnement à travers l'Europe. La DW a sollicité Oemis Romagoza Durruthy pour un commentaire, mais n'a pas obtenu de réponse.
Ceci est une version courte de l'enquête que vous pouvez voir en vidéo (anglais) sur la chaîne documentaire de la DW sur YouTube.
Enquête menée par Julett Pineda, Anna Chaika, Mathias Bölinger, en collaboration avec Indre Makaraityte (LRT), Adéla Pacliková (CT) et Pilar Requena (RTVE), sous la coordination du Réseau de journalisme d'investigation de l'UER.
Recherches complémentaires menées par : Andrei Popoviciu et Katarzyna Tuszynska