Un collectif dénonce les recrutements de Camerounais par l'armée russe
28 octobre 2026
Alors que la Russie accueille le troisième forum Russie-Afrique, des familles camerounaises sont descendues dans la rue pour réclamer la vérité sur leurs proches, partis chercher du travail et qui se seraient retrouvés dans les rangs de l'armée russe, en Ukraine.
À l'appel du collectif "Ramenez nos fils et nos frères", elles demandent aux autorités camerounaises et russes des réponses sur ces recrutements et sur le sort des disparus.
Ils étaient partis chercher du travail, avec l'espoir d'une vie meilleure. Aujourd'hui, certains sont morts, d'autres restent introuvables. Au Cameroun, des familles veulent comprendre comment leurs proches se sont retrouvés dans les rangs de l'armée russe, en Ukraine.
"Je refuse de faile le deuil"
Ngongsak Djoumbi est sans nouvelles de son fils, Samuel Mbondjock, 20 ans, depuis huit mois. "Il m'appelle et me dit : papa, je vais aller au front, raconte-t-il. Ne me cherchez pas pendant un mois. Après un mois, je vais vous appeler. Depuis ce jour où il est parti, je n'ai plus eu de ses nouvelles. C'est après deux semaines qu'on m'a dit que pendant qu'ils étaient en train d'embarquer dans le camion pour aller au front, on a bombardé le camion à la base militaire et il y a eu 22 Africains qui sont morts. Mon fils y était. Je refuse de faire le deuil, qu'on me ramène mon fils".
Lynelle Ndjock attend aussi désespérément des nouvelles de son mari. Parti en Russie il y a près d'un an pour travailler dans la restauration, grâce à un contact, il se serait finalement retrouvé dans l'armée. Depuis février 2026, cette jeune mère de cinq enfants est sans nouvelles de lui.
"Nous avons besoin de connaître la vérité, dit-elle. Je ne peux pas dire que mon mari est mort. Je sais qu'il est en vie et je veux qu'on me le ramène".
Derrière ces disparitions, des questions persistent sur les conditions de recrutement. Selon les témoignages recueillis, un même scénario se répète souvent : des inconnus contactent les candidats, attisent leur curiosité et leur font miroiter des possibilités d'emploi.
Autre élément troublant pour les familles : des procédures de visa particulièrement rapides. Mais à quel moment ces jeunes découvrent-ils qu'ils pourraient être envoyés au front ?
Face au silence des autorités
Ce mercredi 28 octobre, des familles se sont mobilisées pacifiquement avec le collectif "Ramenez nos fils et nos frères". Elles réclament des réponses aux autorités camerounaises et russes.
Paul Silver Yede, membre du collectif, dit avoir "observé un silence de part et d'autre, du côté de l'État camerounais, comme de la Russie. Nous sommes là pour interpeller les autorités et leur demander de prendre conscience de cette situation qui est en train d'enterrer notre jeunesse et de démanteler ces réseaux clandestins".
Le collectif réclame aussi l'identification des morts et des informations fiables sur les disparus.
Cette mobilisation intervient, alors que la Russie accueille, les 28 et 29 octobre, le troisième forum Russie-Afrique.
En avril dernier, les autorités camerounaises ont annoncé que Moscou avait confirmé la mort de seize ressortissants camerounais. Selon le collectif, ce bilan aurait depuis évolué.
Pour les familles, l'attente est insoutenable. Elles veulent savoir qui a recruté leurs proches, ce qui leur a été promis et, surtout, ce qu'ils sont devenus.