Report des élections au Pakistan
2 janvier 2008
Les violences consécutives à l’assassinat de Benazir Bhutto sont à l’origine de ce report. Avec des bureaux de vote incendiés, et du matériel électoral détruit – il était difficile, estime la commission, d’organiser des élections à la date prévue, le 8 janvier. Le PPP, le parti de Mme Bhutto, ne l’entend pas de cette oreille. Des élections, moins de deux semaines après l’assassinat de l’ex-premier ministre, lui faisaient espérer une vague de sympathie en sa faveur. Leur ajournement lui fait craindre des fraudes massives en faveur des alliés du président Muscharraf. Même son de cloche dans l’autre parti d’opposition, de Nawaz Sharif.
Pour les observateurs de l’Union européenne, en revanche, le report des élections était inéluctable. Michael Gahler, le chef de la mission européenne:
"Pour pouvoir fournir une appréciation globale des élections, nous devons être sur place quelques semaines à l’avance".
Ce délai, déjà réduit à l’extrême par un état d’urgence levé seulement le 15 décembre, n’était plus tenable après l’assassinat de Mme Bhutto.
Reste à voir maintenant si les observateurs européens pourront réellement observer en toute indépendance les élections dans ce pays de 160 millions d’habitants qui n’a jamais connu la démocratie et où un tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’avocat et militant des droits de l’homme Anees Jillani:
"C’est l’un des pays les plus corrompus au monde. Voilà la tragédie. Nous n’avons pas de bons dirigeants. Malgré tout, les gens vont voter. Ils espèrent à chaque fois que ce sera la bonne, que nous aurons une démocratie. Mais pour la population rien ne change. Il n’y a que quelques élus qui s’enrichissent."
Normalement le nouveau parlement issu des urnes élira le premier ministre, mais le président Musharraf, même s’il a quitté l’uniforme, conserve le pouvoir de limoger à tout moment le chef du gouvernement.