La liberté de la presse en recul dans le monde
1 mai 2026
D'après Reporters sans frontières, la liberté de la presse est à son plus faible depuis 25 ans à l'échelle mondiale. Selon le classement annuel de RSF, plus de la moitié des pays se trouvent dans une situation jugée "difficile" ou "très grave".
"En 25 ans, le score moyen de l'ensemble des pays étudiés n'a jamais été aussi bas", écrit l'organisation dans la note qui accompagne ce classement. RSF attribue en partie cette dégradation au "développement d'un arsenal législatif de plus en plus restrictif, notamment lié aux politiques de sécurité nationale" depuis 2001, l'année des attaques du 11-septembre aux États-Unis.
Parallèlement, la proportion de la population résidant dans un pays où la liberté de presse est considérée comme "bonne" a chuté, diminuant de 20%. Seuls sept pays du nord de l'Europe, dont la Norvège en tête, font partie de cette catégorie. La France se classe 25e ("situation plutôt bonne").
En 2024, année de la réélection de Donald Trump, les États-Unis passent de l'état "plutôt bon" à "problématique", dégringolant de sept positions pour se retrouver en 64e place.
Outre les critiques du président américain à l'égard des médias, qualifiées de "pratique systématique", le contexte aux États-Unis a également été influencé par la rétention puis l'expulsion du journaliste salvadorien Mario Guevara qui dénonçait les interpellations des migrants, sans oublier la réduction majeure des fonds destinés à l'audiovisuel extérieur américain.
Contexte délicat en Afrique subsaharienne
Selon le rapport de RSF pour 2026, la condition de la liberté de la presse est " problématique" dans 24 des 48 nations de la région et "extrêmement préoccupante" dans cinq pays : Rwanda (139e), Éthiopie (148e), Soudan (161e), Djibouti (167e) et Érythrée (180e).
Pour la troisième année consécutive, le pays se classe donc dernier, réaffirmant ainsi son mépris pour le droit à l'information. Cette situation coïncide avec le 25e anniversaire de l'emprisonnement injuste du journaliste Dawit Isaak et de ses trois collègues Temesgen Ghebreyesus, Seyoum Tsehaye et Amanuel Asrat.
Les lois dites de "sécurité nationale" ou concernant la cybercriminalité sont employées pour entraver le travail des journalistes.
La raison pour laquelle le Niger (120e ; - 37), connaît la plus grande chute au monde est que la junte au pouvoir dans ce pays sahélien a restreint l'espace civique et détourné les lois. Le Mali (121e ; - 2) et le Burkina Faso (110e ; - 5) continuent à perdre des points. C'est la preuve de la répression contre les journalistes dans les pays membres de l'Alliance des États du Sahel (AES).
Par ailleurs, les journalistes sont arbitrairement détenus par les forces de l'ordre, souvent sous des accusations telles que "diffusion de fausses informations", "atteinte à la réputation de l'État" ou encore "diffusion de reportages susceptibles de troubler l'ordre public". Actuellement, cinq journalistes sont détenus au Niger, un au Mali, et deux d'entre eux, Serge Oulon et Moussa Sareba, demeurent introuvables au Burkina Faso. De plus, certaines autorités tentent de contrôler le récit médiatique en imposant des suspensions à la presse.
Le Bénin en chute libre
Cette année, le Bénin, un habitué des classements, se retrouve à la 113e position, perdant ainsi 21 places. Ce déclin représente une alerte dans un pays qui vient d'élire son nouveau président de la République.
Dans ce pays, les autorités ont obtenu l'extradition de la Côte d'Ivoire du journaliste Hugues Comlan Sossoukpè, le responsable du site web Olofofo. Le journaliste est poursuivi pour "harcèlement par le biais d’un système informatique, rébellion et apologie du terrorisme". Dans un communiqué, ses avocats ont déploré que leur client, détenu à la prison civile de Ouidah (sud) soit soumis à "un isolement strict", privé de visites de sa famille et de ses proches, dans des conditions qu’ils jugent "inhumaines".
RSF a annoncé porte plainte contre le Bénin et la Côte d’Ivoire devant la cour de justice de la CEDEAO.
Par ailleurs, des journalistes sont fréquemment emprisonnés dans la région des Grands Lacs, sous prétexte d'atteintes à la sécurité nationale, comme Stanis Bujakera en République Démocratique du Congo (RDC), Floriane Iraganbiye et de nombreux journalistes du média Iwacu au Burundi (119e rang). Au Rwanda, deux spécialistes des médias sont en détention, dont Théoneste Nsengimana, accusés d' "incitation à l'agitation".
La Tanzanie a chuté de 22 points (117e), témoignant une détérioration des conditions de travail pour les journalistes et de l'accès à l'information, avec des lois qui deviennent de plus en plus restrictives. Cependant, au Burundi, Sandra Muhoza est maintenant libre, malgré une sentence qui n'était pas justifiée.
Des problèmes de sécurité et économiques persistants
Des pays tels que la RDC (130e) enregistrent une diminution de leur indice de sécurité (27,3 sur 100). Dans l'est du pays, des journalistes se retrouvent coincés entre les forces armées et les groupes armés. Ce qui les force à fuir ou à se déplacer. Au Soudan (161e), la guerre a presque totalement éliminé le journalisme indépendant. Depuis trois ans, confrontés au danger d'arrestation et de torture, les journalistes n'ont d'autre alternative que de s'exiler.
En ce qui concerne l'Éthiopie (148e), la presse continue d'être sous un contrôle rigoureux des autorités.
La fragilisation économique des médias, déjà soulignée l'année précédente, persiste également. Dans la région du Sahel, la Mauritanie (61e ; - 11) subit une diminution de son classement, malgré les promesses du gouvernement concernant le droit à l'information.
Cette baisse est principalement due aux retards dans l'application des réformes nécessaires pour protéger le secteur ainsi qu'à la vulnérabilité économique des médias. Toutefois, en dépit d'une conjoncture socio-économique complexe, le Ghana (39e ; + 13) et l'Afrique du Sud (21e ; + 6), qui sont les leaders du classement dans la région, profitent d'une situation de "plutôt bonne" en ce qui concerne la liberté de la presse.