Agents "jetables" : quel rôle jouent-ils ?
2 septembre 2026
Début août, un drone chargé d'explosifs est découvert dans la zone sécurisée des opérations de fret de l'aéroport de Leipzig, une plateforme clé pour l'armée allemande, l'Otan et le soutien logistique à l'Ukraine.
Quelques jours plus tard, lors d'une courte déclaration, aux côtés du chef de la diplomatie, Johann Wadephul, le ministre allemand de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, déclare que "dans l'ensemble, les enquêtes policières, les modes opératoires et les informations des services de renseignement démontrent une responsabilité russe dans la tentative d'attentat à l'aéroport de Leipzig".
Il précise qu'il s'agissait d'une "tentative d'attentat" qui relève d'agents dits "jetables", ces derniers ayant agi, selon lui, "sur ordre d'autorités étatiques russes".
Conséquence : les autorités allemandes ont annoncé la fermeture sous une quinzaine de jours, du dernier consulat russe du pays, à Bonn, et d'un centre culturel russe à Berlin suspecté d'héberger des espions. Mais qui sont ces agents "jetables" dont se servirait Moscou pour mener des opérations ?
Qu'est-ce qu'un agent "jetable" ?
Les "agents jetables" ou proxys désignent des recrues locales et éphémères. Elles sont utilisées par les services secrets russes (GRU et SVR) pour mener des opérations de sabotage, d'espionnage et de vandalisme en Europe.
Il s'agit dans la grande majorité de personnes en situation de précarité, de criminels de droit commun, et parfois de mineurs. Si beaucoup viennent d'Europe de l'Est (Bulgarie, Moldavie, Ukraine), certains opèrent depuis des pays comme la Suisse.
Ils sont recrutés en ligne. Les services secrets russes surveillent les activités des utilisateurs sur Instagram, TikTok et des messageries cryptées comme Telegram. Ils repèrent donc sur les réseaux sociaux des personnes à qui ils peuvent confier des missions, notamment de sabotage, contre une certaine somme d'argent.
"Ce ne sont plus des professionnels formés à grands frais, mais des amateurs que l'État russe embauche pour une misère", a déclaré Herbert Reul (CDU), ministre de l'Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, à la WDR.
Leurs missions vont de la dégradation de biens, en l'occurrence du sabotage, à des opérations d'espionnage. Concrètement, cela peut impliquer la prise de photos de documents et d'infrastructures critiques – des installations importantes comme des centrales électriques ou des gares – ou l'utilisation de drones pour surveiller des lieux spécifiques.
Certains de ces agents peuvent aussi être payés pour diffuser des slogans pro-russes sur les réseaux sociaux.
Pourquoi Moscou utilise des agents "jetables" ?
Si la Russie a recours à des agents "jetables", c'est notamment parce que les pays occidentaux ont expulsé massivement les diplomates russes depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022. Ces expulsions privent Moscou des agents qui sont habituellement sur le terrain.
Ces agents "jetables", qui ignorent souvent de qui viennent réellement les ordres, offrent un avantage considérable aux recruteurs qui n'ont pas à se salir les mains. L'anonymat sur internet leur permet d'effacer leurs traces – seul l'auteur des crimes sur le terrain est tenu responsable s'il se fait prendre. Ces agents n'ont donc aucun lien direct officiel avec Moscou, ce qui permet à la Russie de nier toute implication en cas d'arrestation.
Cette situation complique la tâche des enquêteurs qui ne peuvent pas remonter aux commanditaires.
Quelles sont les actions qui leur sont imputées ?
Les agents "jetables" seraient impliqués dans des dizaines d'affaires criminelles, l'une des plus récentes étant l'attentat manqué de Leipzig (août 2026).
L'Allemagne a officiellement accusé la Russie d'avoir programmé des drones explosifs à l'aéroport de Leipzig, visant des avions de fret militaires et logistiques. Berlin a souligné que si la conception technique était étatique, l'exécution finale incombait à des "agents jetables".
En mai 2024, c'est un incendie majeur qui a détruit le centre commercial Marywilska 44 à Varsovie, l'un des plus grands marchés de la ville, sans faire de victimes. Les enquêteurs polonais ont déterminé rapidement que le feu était un acte criminel orchestré par les services secrets russes. Plusieurs suspects présentés comme des intermédiaires recrutés seront arrêtés en Pologne et en Lituanie.
En France en mai 2024, c'est une vingtaine de mains rouges qui ont été peintes sur le Mémorial de la Shoah à Paris. La piste des agents " jetables " a également été évoquée dans cette affaire.
Mesures de rétorsion
En réponse à ces attaques, les pays concernés ne restent pas les bras croisés. Le gouvernement allemand a ordonné par exemple la fermeture du dernier consulat russe à Bonn et du centre culturel russe de Berlin à la suite de l'incident à l'aéroport de Leipzig.
Des interpellations régulières et des condamnations ont également eu lieu dans différents pays.
Des actes de sabotage réussis peuvent en effet endommager les infrastructures militaires en l'occurrence et compromettre durablement leur capacité opérationnelle. Ces actions ont également un impact psychologique et symbolique.
Elles peuvent créer un climat d'insécurité et saper la confiance dans la protection de l'État.
Le Bureau fédéral de police criminelle (BKA) en Allemagne rappelle que le "sabotage anticonstitutionnel" est passible d'une peine maximale de cinq ans d'emprisonnement, tandis que l'"espionnage", dans les cas particulièrement graves, peut entraîner une peine maximale de dix ans.