Au Sénégal, le budget rectificatif divise la majorité
28 octobre 2026
Le vote du projet de loi de finances rectificative 2026 a été reporté mardi à l'Assemblée nationale du Sénégal. En cause : des divergences entre le gouvernement et sa majorité parlementaire, Pastef, sur près de 555 milliards de francs CFA de crédits supprimés ou reportés.
Les discussions doivent permettre de trouver un compromis sur les investissements prioritaires, les dépenses sociales et la gestion de la dette publique.
Près de 555 milliards de francs CFA au cœur du désaccord
Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 ravive les tensions entre le gouvernement sénégalais et son ancienne majorité parlementaire. Mardi (27.10.2026), alors que les députés étaient réunis en séance plénière pour examiner le texte, son vote a été reporté. À la demande de l'exécutif, l'Assemblée nationale a renvoyé le projet en commission des finances et du contrôle budgétaire.
En cause : de profondes divergences sur les coupes budgétaires et les exigences formulées par les députés de Pastef. Au cœur du différend figurent environ 555 milliards de francs CFA de crédits supprimés ou reportés, sur des financements internes et externes.
Le programme des 30 000 logements, la construction de centres de santé et la résorption des abris provisoires dans les écoles figurent parmi les projets concernés. À ces suppressions et reports s'ajoute une baisse globale des dépenses d'investissement. Des choix budgétaires que les députés de Pastef entendent remettre en question avant de se prononcer sur le texte.
"Les exigences qu'on a formulées ne sont pas des exigences insurmontables. C'est le projet du gouvernement qui l'a présenté. Nous, on a présenté des exigences sur cinq points […] et je pense que ces exigences-là, quand même, sont réalistes", a expliqué le président du groupe parlementaire Pastef, Ayib Daffé, défend des exigences qu'il estime réalistes.
Pastef veut préserver les investissements prioritaires
Les députés de Pastef ont formulé cinq exigences : préserver les investissements sociaux, protéger le pouvoir d'achat, rationaliser les dépenses de fonctionnement, garantir la transparence et la traçabilité des fonds spéciaux, et assurer la sincérité budgétaire tout en clarifiant la question de la dette.
Pour Ayib Daffé, toutes les coupes ne sont pas nécessairement à remettre en cause. Il estime toutefois que certaines réductions touchent des investissements prioritaires, alors même que l'État doit recourir à l'endettement extérieur pour financer des dépenses sociales.
"Nous ne remettons pas forcément en cause toutes les coupes, mais nous avons jugé que le gouvernement ne peut pas s'endetter auprès des partenaires extérieurs pour assurer des dépenses sociales et que, parallèlement, les fonds qui étaient consacrés à des dépenses d'investissement prioritaires soient coupés."
Le responsable parlementaire plaide ainsi pour une reprogrammation de certains investissements en 2027, plutôt que pour des réductions qui affecteraient des projets jugés prioritaires. Une manière, selon lui, de concilier les contraintes budgétaires avec les engagements sociaux et économiques de l'État.
Le gouvernement appelle au dialogue
Face au risque d'un rejet du texte par sa propre majorité, le gouvernement a demandé le renvoi du projet de loi en commission. Le Premier ministre a également annoncé des discussions entre l'exécutif et le législatif, au nom de « l'intérêt supérieur de la nation ».
Le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, défend cette démarche de concertation. Il rappelle que l'exécutif doit à la fois assurer la continuité de l'action publique, poursuivre les objectifs fixés pour 2026 et améliorer la viabilité financière de l'État et de l'économie nationale.
"Le gouvernement mesure pleinement le poids de ses responsabilités. Il lui appartient de veiller à la continuité de l'action publique, de poursuivre les objectifs retenus pour l'année 2026 et de rechercher les conditions d'une meilleure viabilité financière de l'État et de l'économie nationale. C'est pourquoi nous considérons que toutes les possibilités de discussion et de rapprochement sont prévues par nos textes", a-t-il déclaré.
L'exécutif mise donc sur le dialogue parlementaire pour rapprocher les positions et éviter un blocage autour de ce texte budgétaire.
L'opposition dénonce un arrangement politique
Du côté de l'opposition, la démarche engagée entre le gouvernement et Pastef suscite également des critiques. Abdou Mbow, membre du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, dénonce ce qu'il considère comme un arrangement politique entre les deux parties.
"Ce qui se passe aujourd'hui est que le groupe Pastef sait que les Sénégalaises et les Sénégalais ne veulent pas de ce qu'ils ont fait, c'est-à-dire rejeter le projet de loi de finances rectificative. Aujourd'hui, ils veulent se justifier en essayant de dire qu'ils sont ouverts, qu'ils vont discuter, qu'ils vont faire des deals sur le dos des Sénégalais."
Le projet de loi de finances rectificative 2026 est donc renvoyé en commission, dans l'attente d'un compromis entre le gouvernement et les députés de sa propre majorité. Reste à savoir si les discussions permettront de concilier les impératifs de redressement budgétaire avec la préservation des investissements prioritaires et des dépenses sociales.