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Au Sahel, transformer les inondations en ressource

Alban Tchalla
16 juillet 2026

Pour les pays du Sahel, où l’accès à l’eau demeure un enjeu majeur, les experts estiment que de nouvelles approches de gestion de cette ressource sont devenues indispensables.

Kenya - Mandera, 2026 | Des villageois s'approvisionnent en eau à un point de distribution de la Croix-Rouge - 21.01.2026
Des habitants remplissent des jerricans à un point de distribution d'eau géré par la Croix-Rouge kényane dans le village de Hawara, près de la ville de Rhamu, le 21 janvier 2026. Dans le nord-est du Kenya, durement frappé par la sécheresse, les habitants sont contraints de transporter les carcasses de leur bétail sur de longues distances pour les brûler, afin d'éloigner les odeurs de putréfaction et les hyènes de leurs habitations.Image : Tony Karumba/AFP/Getty Images

Longtemps marqué par les sécheresses, le Sahel est désormais confronté à des pluies plus abondantes, à des crues plus fréquentes et à des inondations qui détruisent les cultures.

Cette problématique est au cœur du Forum africain de l'eau, qui se tient à N'Djaména, au Tchad, sous le thème "De la vision à l'action".

Mieux capter les eaux de pluie pour soutenir l'agriculture

Pour plusieurs spécialistes, ces eaux qui provoquent aujourd'hui des pertes pourraient devenir une ressource précieuse si elles étaient mieux captées, stockées et valorisées.

"C'est à deux échelles. La première est de faire en sorte que l'eau puisse s'infiltrer localement. Malheureusement, les sols sahéliens, dégradés depuis plusieurs décennies, sont peu perméables. Pour qu'ils puissent contenir davantage d'eau, l'intervention de l'homme est indispensable", a expliqué le professeur Moussa Malam Abdou, hydrologue à l'Université André Salifou de Zinder, les solutions doivent être mises en œuvre à deux niveaux.

Selon lui, il est également nécessaire de développer des infrastructures hydrauliques : "Il faut faire des aménagements hydroagricoles, construire des ouvrages de mobilisation des eaux, par exemple des barrages de seuil. Là où il y a un excès d'eau, il faut la retenir afin qu'elle puisse être utilisée pour l'agriculture de contre-saison."

Alors que le Forum africain de l'eau se tient au Tchad, des experts estiment que les eaux à l'origine des inondations récurrentes au Sahel pourraient devenir une ressource précieuse, à condition d'être mieux captées et stockées.Image : Yousef Murad/AP Photo/picture alliance

Une gestion concertée des bassins transfrontaliers

Au-delà des infrastructures, les spécialistes insistent sur la nécessité d'une meilleure gouvernance de l'eau. Le professeur Yahaya Nazoumou, de l'Université Abdou Moumouni au Niger, estime que la sensibilisation des populations locales doit aller de pair avec une coopération renforcée entre les États partageant les mêmes bassins fluviaux.

"Si vous prenez le Niger, au moins neuf pays sont concernés par la problématique, chacun possédant une partie du bassin du fleuve Niger. À travers l'Autorité du Bassin du Niger, ces pays essaient de mettre en place des mécanismes pour gérer cette ressource commune, aussi bien en matière d'investissements que de politiques, de stratégies et d'approches."

L'enseignant chercheur insiste sur l'importance d'une vision commune.

"Il faut que cette priorité soit donnée afin que les pays voient ensemble comment gérer une ressource qui prend sa source dans un pays pour traverser plusieurs autres."

Un enjeu majeur pour le développement du Sahel

Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), plus de 80 % des Nigériens dépendent de l'agriculture pour leur alimentation et leurs revenus. Dans ce contexte, une gestion plus efficace des ressources en eau apparaît comme un levier essentiel pour renforcer la sécurité alimentaire et la résilience des populations face au changement climatique.

Pour de nombreux États sahéliens, mieux maîtriser l'eau n'est plus seulement une nécessité environnementale. C'est désormais une condition incontournable pour atteindre les Objectifs de développement durable et soutenir une croissance économique durable.

C'est le but du Forum africain de l'eau qui se tient à N'Djaména. Plusieurs dirigeants africains participent à cette rencontre, organisée conjointement par le gouvernement tchadien et le Groupe de la Banque africaine de développement.

L'objectif est notamment de mobiliser davantage de financements pour le secteur de l'eau et de renforcer les mécanismes de réponse face aux défis croissants du changement climatique.

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