Au Sahel, la menace terroriste reste omniprésente
19 mars 2026
C'est ce qui ressort du dernier Indice mondial du terrorisme, publié ce jeudi par le groupe de réflexion Institute for Economics and Peace, basé en Australie.
Ce groupe de réflexion classe, depuis 13 ans, 163 pays en fonction de l'impact du "terrorisme" et a comme indicateurs le nombre d'attaques, de morts, de blessés et d'otages.
Une hausse en dépit de certaines améliorations
En 2007, le Sahel ne comptait que pour 1 % des morts liés au terrorisme à l'échelle mondiale. Un chiffre qui va considérablement augmenter.
En 2024, plus de la moitié des 7.555 décès dus au "terrorisme" dans le monde ont été enregistrés au Sahel, d'après l'Indice mondial du terrorisme.
Une tendance qui est similaire en 2025, puisque sur les 5.582 morts attribués au "terrorisme", près de la moitié ont été recensés dans la région.
Nina Wilén est responsable du Programme Afrique à l'Institut d'Egmont des relations internationales et auteure de Securitizing the Sahel. Ce constat est loin d'être une surprise pour elle.
"Le Jnim a pu trouver de nouveaux endroits pour projeter son pouvoir dans l'ouest du Mali, près de la frontière avec le Sénégal et la Mauritanie. Nous avons également vu qu'il y a eu des attaques terroristes par le Jnim, mais aussi Daesh au Sahel, dans les zones urbaines" explique l'expert.
Elle assure par ailleurs "qu'ils ont augmenté leurs capacités et aussi leur statut pour pouvoir accéder à des centres urbains et faire des attaques sur des objectifs très stratégiques, comme l'aéroport militaire de Bamako ou l'aéroport de Niamey."
Le tableau n'est toutefois pas totalement sombre. Le Burkina Faso est parvenu à faire baisser le nombre de décès qui "a chuté de 45 %, passant de 1.532 en 2024, à 846 en 2025".
Une baisse qui s'explique toutefois par une chute des morts parmi les civils. Un groupe terroriste comme le Jnim, lié à Al-Qaida, vise désormais davantage des cibles militaires que civils lors de ses attaques.
Selon l'indice mondial du terrorisme, le Niger est désormais le troisième pays le plus touché en 2025, derrière le Burkina Faso. Le Mali passe de la quatrième place à la cinquième, avec 341 morts contre 604 en 2024.
Un appel à la coopération
Alors que le Nigeria doit lutter toujours contre des groupes jihadistes comme l'Iswap et Boko Haram, que la menace terroriste pèse de plus en plus sur des pays côtiers comme le Bénin ou le Togo, des appels comme ceux du Secrétaire général de l'Onu se font plus insistants.
António Guterres a appelé, en novembre dernier, les États du Sahel à surmonter leurs divergences face à la multiplication des attaques djihadistes. Un appel lancé aux pays de la Cédéao, de l'AES, ainsi qu'à la Mauritanie, au Tchad et à l'Algérie, pour qu'ils fassent notamment coopérer leurs services de renseignement.
Pour Philippe Assalé, expert en études de sécurité et du terrorisme violent, cette coopération est essentielle.
D'après lui, "c'est une coopération qui doit être une coopération par intérêt, parce qu'ils ont des intérêts communs. Non seulement les populations sont presque les mêmes de part et d'autre des frontières, mais aujourd'hui, l'enjeu, c'est leur survie."
Il insiste également sur la nécessité pour ces "Etats de pouvoir collaborer pour échanger le renseignement, pour envisager des actions conjointes, afin de lutter contre le terrorisme."
Lutter contre le terrorisme... mais aussi contre les conflits intercommunautaires parfois liés au terrorisme.
Oeuvrer pour la paix
Sur le terrain, Search for Common Ground, une organisation non-gouvernementale, œuvre pour la consolidation de la paix, ceci non sans difficultés.
"Certes, nous avons des difficultés, mais nous avons encore l'opportunité de continuer à être présents au niveau des pays du Sahel, au Mali, au Niger, au Burkina Faso, et aussi dans les différentes régions", assure M'Bara Adiawiakoye le directeur du programme Sahel de l'organisation.
Selon lui, l'objectif est de "pouvoir accompagner les initiatives des jeunes, les initiatives des femmes, les initiatives des acteurs clé, les chefferies traditionnelles, les autorités coutumières, afin que ceux-ci puissent, eux-mêmes, identifier les prémices des conflits et puissent apporter des réponses, dans le cadre de médiations, mais aussi dans le cadre d'activités socio-culturelles qui peuvent leur permettre d'endiguer les désaccords qui peuvent se traduire en violence".
Outre l'Institute for Economics and Peace, d'autres organisations comme l'Acled, qui répertorie les victimes des conflits dans le monde, évoquent également des bilans lourds en ce qui concerne l'insécurité au Sahel.