Voici pourquoi Washington veut faire du commerce avec l'AES
27 août 2025
Depuis le retour de Donald Trump à Washington, l'administration américaine semble disposée à faire du commerce avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso, qui forment l'Alliance des États du Sahel.
Alors que ces pays, dirigés par des militaires, ont opéré un virage stratégique vers la Russie, plusieurs responsables américains se sont succédé à Bamako, Ouagadougou et Niamey, pour proposer une "solution américaine" face au terrorisme auquel sont confrontés ces trois pays. En échange de minerais, Washington pourrait accepter de lutter contre le terrorisme au Sahel, en facilitant notamment le déploiement de matériels militaires et, peut-être aussi, de "mercenaires américains", pour ne "pas avoir à défendre cette politique devant le Congrès".
Boubacar Haidara est chercheur au Centre international d'études sur les conflits, basé à Bonn, en Allemagne. Pour lui, au-delà des ressources minières, la zone du Sahel représente avant tout un enjeu stratégique pour les États-Unis. Cliquez sur l'image de l'audio dans l'article pour écouter.
L'AES boycotte le sommet sur la défense
Le Mali et le Burkina Faso n'ont pas envoyé de représentants au sommet militaire continental organisé par le Nigeria, sur fond de tensions persistantes entre les pays du Sahel dirigés par des juntes militaires et leurs voisins d'Afrique de l'Ouest.
Tout comme le Niger, également dirigé par des militaires, le Mali et le Burkina Faso se sont retirés en janvier de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), après avoir formé leur propre Alliance des Etats du Sahel (AES) pour lutter contre la menace jihadiste.
Le Niger, représenté par le colonel Soumana Kalkoye, attaché de défense à l'ambassade du Niger à Abuja, était le seul pays de l'AES présent au sommet africain des chefs d'état-major de la défense, organisé dans la capitale nigériane.
La conférence a réuni des officiers de haut rang de la plupart des pays du continent, venus "discuter de stratégies collectives" et trouver "des solutions locales aux besoins de l'Afrique en matière de défense", selon le programme du sommet.
Évoquant les défis sécuritaires qui "ne connaissent pas de frontières", le chef d'état-major nigérian Christopher Musa a appelé à "une nouvelle architecture de coopération en matière de sécurité, dirigée par l'Afrique".
"La véritable sécurité ne s'obtient pas dans l'isolement", a déclaré M. Musa aux officiers réunis à ce sommet qui doit se poursuivre jusqu'à mercredi.
Le feuilleton du coup d'état
Les relations entre le Niger et le Nigeria se sont dégradées après le coup d'Etat mené à Niamey par les militaires en 2023: la Cédéao a imposé des sanctions au Niger et, sous l'égide du Nigeria, a menacé d'une intervention militaire pour rétablir au pouvoir le président renversé, Mohamed Bazoum.
Les tensions se sont depuis apaisées, les deux pays ayant signé un mémorandum sur la sécurité en 2024, même si le retrait du Niger d'une force militaire régionale a entravé les actions transfrontalières contre les jihadistes dans la région du lac Tchad.
Les juntes au Niger, au Mali et au Burkina Faso ont vu leur coopération militaire avec leurs voisins, comme le Bénin qui tente de repousser les groupes armés du Sahel, s'enliser.