Miser sur la sensibilisation pour freiner les MGF
6 février 2026
Selon une étude du Fonds des Nations Unies pour l’enfance intitulée Mutilations génitales féminines au Mali : Bilan d’une étude statistique publiée en 2022, 89 % des filles et des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi des MGF au Mali. D'après les statistiques, au moins neuf femmes sur dix ont ainsi subi l'excision dans le pays. La prévalence est élevée chez les filles et femmes de tout milieu.
Sur place, le sujet est tabou, mais des organisations non-gouvernementales tentent de briser le silence autour de cette pratique ancrée dans la tradition malienne. Celles-ci alertent et sensibilisent sur les conséquences des mutilations génitales féminines.
Une pratique aux conséquences néfastes
"J’ai été excisée lorsque j’étais une jeune fille" raconte à la DW une survivante que nous appellerons, Korotoumou.La vingtaine révolue, elle revient sur ce qu’elle a subi, lorsqu’elle était adolescente.
"Cela a provoqué des complications au niveau de mon cycle menstruel. Les médecins nous ont indiqué que ces complications sont essentiellement dues à l’excision" assure Korotoumou.Le cas de cette étudiante, lève le voile sur une pratique contenue dans une société malienne qui demeure conservatrice.
Au Mali, l’abandon de l’excision n’est pas pour l’heure à l’ordre du jour, car aucune loi ne criminalise sa pratique.Toutefois, sur le terrain, des actions sont menées pour sensibiliser les populations sur les méfaits de la pratique.
C'est ce qu’explique Dieneba Sanogo, responsable plaidoyer et sensibilisation à l’ONG Yeleen. "Souvent, c’est dans les écoles avec les enfants ainsi qu’avec leurs mères. Même si, nous sensibilisons les enfants et que nous ne sensibilisons pas les parents qui sont à l’origine de cette pratique, le combat est perdu d’avance" assure Dieneba Sanogo qui précise qu'après la causerie, "on remarque qu’il y a quelque chose qu’ils viennent d’apprendre".
Selon elle il y a souvent "certaines personnes qui pratiquent l’excision, juste pour se conformer à la société. Une société en quête de validation, sans chercher à comprendre ce que cela peut avoir comme préjudices".
Changer les mentalités autour des MGF
Le Professeur Moustapha Touré, gynécologue à la retraite et auteur de plusieurs études sur les conséquences de l’excision sur la vie des femmes et des filles, a durant plusieurs décennies oeuvrer pour changer les mentalités en ce qui concerne les mutilations génitales féminines.
Il rappelle qu'à "tout âge de la vie, on peut avoir les conséquences de cette pratique". Chez les nouveaux nés, l'excision se fait par exemple sans anesthésie, "c’est donc des douleurs atroces. Il y a aussi des hémorragies, des infections chez la petite enfance. On a aussi des infections chez les femmes en âge de procréer avec de multiples conséquences comme les kystes, les brides amniotiques, des difficultés durant les rapports sexuels ou encore pendant l’accouchement avec une lenteur des enfants qui peut avoir des souffrances fœtales et parfois même la mort du nouveau né."
D’après Onu femmes, environ 89% des femmes maliennes ont subi des mutilations génitales. Malgré les campagnes de sensibilisation et en l’absence de la pénalisation et donc d’une requalification juridique, le chemin semble long pour les acteurs de la société malienne, qui entendent, venir à bout de la pratique.
Un problème à l'échelle mondiale
A l'échelle mondiale, selon les chiffres de l'Onu, environ 4 millions de filles sont victimes des MGF chaque année, dont plus de 2 millions avant l'âge de cinq ans, parfois quelques jours à peine après leur naissance. L'Onu estime que 22,7 millions de filles supplémentaires risques de subir des mutilations génitales d'ici 2030 si aucune nouvelle mesure n'est prise rapidement. En Afrique on dénombre selon Onu femmes 144 millions de filles et de femmes excisées.
Dans beaucoup de communautés, remettre en question les mutilations génitales féminines suscite une forte résistance car ces pratiques sont considérées comme un rite initiatique important.
Dans certain pays comme l'Égypte, le Kenya, le Soudan la pratique de l'excision se fait parfois par des professionnels de santé dans un milieu hospitalier, ce qui pourrait faire penser que cela permet de "réduire les risques". Mais cela reste une pratique condamnée notamment par l'Organisation mondiale de la santé qui la considère comme une violation des droits humains, et non comme un acte médical.