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Sciences

Smartphone aux toilettes, un geste pas si inoffensif

Enno Hinz | Carole Assignon
30 octobre 2025

Beaucoup de personnes utilisent le smartphone aux toilettes, mais rester assis trop longtemps peut augmenter le risque d'hémorroïdes.

Une femme aux toilettes avec son smartphone.
L'usage du smartphone aux toilettes augmente le risque d'avoir des hémorroïdes.Image : Marketing Lasers/Depositphotos/IMAGO

Une nouvelle étude publiée dans la revue spécialisée PLOS One montre que les personnes qui utilisent leur téléphone portable aux toilettes, pour lire leurs messages ou parcourir les réseaux sociaux, y restent beaucoup plus longtemps. L'étude révèle également que " l'utilisation du smartphone était associée à un risque accru de 46 % de développer des hémorroïdes ", explique le Dr Trisha Pasricha, gastro-entérologue à la Harvard Medical School et responsable de l'étude, dans une interview accordée à la Deutsche Welle.

Dans le cadre de cette étude, 125 adultes ont été interrogés sur leurs habitudes aux toilettes lors d'une coloscopie préventive. La moitié des utilisateurs de smartphones ont déclaré rester aux toilettes plus longtemps que prévu.

Pourquoi rester assis longtemps est problématique

Alors que le plancher pelvien est soutenu lorsque l'on est assis sur une chaise, il en va autrement aux toilettes. La lunette de WC ouverte n'offre aucun soutien direct. "Cela augmente la pression sur les muscles du plancher pelvien, le tissu conjonctif et les hémorroïdes ", explique le Dr Trisha Pasricha.

Tout le monde a des hémorroïdes. Il s'agit de coussinets vasculaires fortement irrigués situés à la jonction entre le rectum et l'anus.

Ce n'est que lorsque les hémorroïdes grossissent sous l'effet de la pression exercée lors de la défécation qu'elles peuvent devenir problématiques et douloureuses. Les symptômes vont des démangeaisons et des brûlures aux saignements.

Comment réduire le risque d'hémorroïdes

Les hémorroïdes sont certes désagréables, mais dans la plupart des cas, elles se traitent bien. Et souvent, elles peuvent même être évitées. Les experts donnent cinq conseils simples pour y parvenir :

1. Soyez bref

Règle simple : pas plus de cinq minutes aux toilettes. "Cela devrait vraiment être la limite maximale", explique le docteur Pasricha. Si vous n'y arrivez pas, levez-vous, bougez, puis réessayez plus tard.

2. Ne prenez pas votre téléphone portable 

Si vous avez besoin de votre smartphone pour vous détendre et vous distraire, vous pouvez utiliser la "règle des deux TikTok". Après deux clips, faites une petite pause et demandez-vous : " Attendez, pourquoi suis-je encore assis ici ? "

3. Adoptez la bonne posture

La position assise est déterminante : si vos genoux sont plus hauts que vos hanches, par exemple en plaçant un petit tabouret sous vos pieds, le rectum se redresse et les selles peuvent passer plus facilement.

4. Mangez plus de fibres

L'alimentation est essentielle. Une forte pression lors de la défécation est un facteur important dans le développement d'hémorroïdes douloureuses. Une solution simple : mangez plus de fibres. Elles peuvent "ramollir les selles dures afin qu'il ne soit pas nécessaire de pousser", explique le gastro-entérologue Dr Ulrich Tappe dans une interview accordée à la DW. Les fibres se trouvent dans les produits à base de céréales complètes, les légumineuses, les légumes frais ou les fruits. Elles sont essentielles à une bonne digestion.

5. N'ayez pas peur d'aller chez le médecin

Oui, il existe des sujets de conversation plus agréables que ses propres selles. Mais cette fausse honte rend plus difficile la recherche d'aide en temps utile. "Il n'y a rien d'embarrassant dans notre corps", souligne la gastro-entérologue Trisha Pasricha. "Nous pouvons résoudre de nombreux problèmes de santé si nous prenons nos intestins au sérieux, mais seulement si nous commençons à en parler".

On peut éviter les hémorroïdes en adoptant par exemple une alimentation riche en fibres.Image : Dmitri Maruta/Zoonar/picture alliance

Les hémorroïdes restent un sujet tabou

Les hémorroïdes sont très répandues et touchent, selon les estimations, plus de la moitié des adultes au cours de leur vie. Elles touchent particulièrement les personnes âgées, celles souffrant de constipation chronique ou les femmes enceintes. Par honte, beaucoup consultent tardivement un médecin.

"Tout comme le côlon irritable, les hémorroïdes restent un sujet tabou. Tout le monde sait de quoi il s'agit, mais presque personne n'en parle", explique Mauro D'Amato, professeur de génétique médicale à l'université LUM en Italie, dans une interview accordée à la DW.

Cela influence également ses recherches. Dans le cadre d'une étude génomique à grande échelle menée à l'Institut Karolinska en Suède, Mauro D'Amato a identifié 102 régions du génome qui semblent être associées à un risque accru d'hémorroïdes. Cependant, au moment de la publication de l'étude en 2021, il n'existait pratiquement aucune recherche sur les hémorroïdes.

Depuis, l'intérêt du public s'est accru, notamment grâce à des personnalités influentes sur les réseaux sociaux. "Lorsque des personnes connues en parlent, beaucoup disent : « Oh, moi aussi j'en souffre ». Cela sensibilise le public, davantage de personnes consultent leur médecin et certaines sont ensuite recrutées pour participer à des études. Cela fait considérablement avancer la science", explique Mauro D'Amato.

Les jeunes peuvent également être touchés

Les spécialistes tels que le Dr Trisha Pasricha observent désormais de plus en plus de cas chez les jeunes et soupçonnent que les smartphones jouent un rôle dans cette évolution.

Rien qu'en Allemagne, plus de la moitié des adultes emportent leur téléphone portable aux toilettes. Chez les 25-34 ans, ce chiffre dépasse même les 80 %. C'est ce que révèle un sondage récent réalisé par l'institut de sondage britannique YouGov pour le compte de l'agence de presse allemande (dpa).

"L'âge moyen de la première apparition des hémorroïdes diminue", confirme le généticien Mauro D'Amato.

Les hommes sont particulièrement touchés, ajoute le Dr Trisha Pasricha. Ses patients masculins rapportent qu'ils passent souvent beaucoup plus de temps que nécessaire aux toilettes, avec leur smartphone.

Il est préférable d'utiliser le moins possible le smartphone aux toilettes.Image : Beryl Achieng/DW

Le smartphone comme facteur de risque

Ce problème n'est toutefois pas nouveau. Avant même l'apparition des smartphones, les médecins mettaient déjà en garde contre le fait de passer des heures aux toilettes à lire le journal.

À l'époque déjà, ce n'était pas la distraction en soi qui posait problème. Une brève pause peut même faciliter la défécation.

"Le problème survient lorsque la distraction prend le pas sur la raison pour laquelle on est allé aux toilettes, au point d'en oublier pourquoi on y est allé", explique le Dr Trisha Pasricha.

Les smartphones augmentent le risque par rapport aux journaux. Les réseaux sociaux tels qu'Instagram ou TikTok sont notamment conçus pour retenir notre attention le plus longtemps possible, même lorsque nous sommes aux toilettes.

Ainsi, les utilisateurs de smartphones participant à l'étude passent plusieurs fois par semaine plus de cinq minutes aux toilettes. La moitié d'entre eux ont admis perdre régulièrement la notion du temps.

Le gastro-entérologue Ulrich Tappe, qui n'a pas participé à l'étude, doute cependant que le smartphone joue un rôle déterminant dans l'apparition d'hémorroïdes douloureuses.

"Les hémorroïdes sont une question de défécation et d'alimentation" explique-t-il. C'est surtout le fait de pousser qui sollicite le plancher pelvien et favorise l'apparition d'hémorroïdes douloureuses sur une longue période.

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