Allemagne : l'AfD accusée d’espionnage pour la Russie
22 octobre 2025
Des responsables politiques du parti d'extrême droite allemand Alternative pour l'Allemagne (AfD) dans l'Etat-région de Thuringe (Est) ont été accusés d'avoir déposé des questions parlementaires sur des sujets sensibles dans le but d'espionner pour le compte de la Russie.
Ces accusations interviennent alors qu'une visite prévue à Moscou en Russie du vice-président du groupe parlementaire de l'AfD, Markus Frohnmaier, a suscité des interrogations parmi les membres des autres partis représentés au Bundestag, le parlement allemand.
Un "intérêt particulier" pour les données sensibles
Selon le ministre de l'Intérieur de l'Etat, Georg Maier, au journal Handelsblatt, les députés de l'AfD de l'Etat-région de Thuringe ont déposé, au cours des 12 derniers mois, 47 questions sur des sujets tels que les infrastructures critiques.
"On ne peut s'empêcher de penser que l'AfD suit une liste d'instructions du Kremlin avec ses demandes", a déclaré Georg Maier, ajoutant que les questions exigeaient "une intensité et une précision croissantes".
Ces responsables de l’AfD avaient demandé des informations sur les transports, l'approvisionnement en eau et les infrastructures numériques et énergétiques, selon M. Maier, membre du Parti social-démocrate (SPD), partenaire minoritaire du gouvernement du chancelier Friedrich Merz.
"L'AfD s'intéresse particulièrement aux technologies de l'information et aux capacités de la police, notamment dans le domaine de la détection et de la défense contre les drones", a fait remarquer le ministre Georg Maier au journal Handelsblatt. Il a ajouté que les députés de l'AfD avaient également déposé des demandes similaires ailleurs en Allemagne.
Ringo Mühlmann de l'AfD au parlement de Thuringe, a rejeté les allégations du ministre Georg Maier, les qualifiant de "théories du complot bizarres". Il l'a accusé de tenter de "considérer ses adversaires politiques comme des criminels", ajoutant que de telles enquêtes constituaient "une pierre angulaire du contrôle démocratique".
L'AfD en Thuringe a été classée comme "mouvement extrémiste de droite avéré" par les services de renseignement intérieurs allemands.
"Vladimir Poutine voterait pour l'AfD"
Les conservateurs de la CDU et les écologistes au Bundestag, où l'AfD est la force d'opposition la plus puissante, ont également mis en garde contre les liens du parti avec la Russie.
Le président de la commission parlementaire chargée de surveiller les activités des services de renseignement, Marc Henrichmann, de la CDU du chancelier Merz, a déclaré au journal que l'AfD était sous influence russe.
"La Russie exploite bien sûr son influence évidente au sein du parlement, en particulier sur l'AfD, pour espionner et recueillir des informations sensibles", a-t-il déclaré.
Le vice-président de la même commission, l’écologiste Konstantin von Notz, a également accusé l'AfD d'être au service des régimes autoritaires.
"L'AfD nuit à notre pays, se transforme en porte-parole des dictateurs de ce monde et diffuse leurs discours dans les débats publics et au sein de notre parlement", a-t-il déclaré au Handelsblatt.
Le chef du groupe parlementaire du bloc conservateur CDU/CSU, Jens Spahn, a déclaré mercredi (22.10.25) aux chaînes de télévision RTL et ntv que "[le président russe Vladimir] Poutine voterait pour l'AfD". "L'AfD veut une Allemagne faible, une Allemagne sous l'influence de la Russie, sous l'influence du faiseur de guerre", a-t-il déclaré.
L'AfD rejette les accusations
Le chef de file de l'AfD au Bundestag, Bernd Baumann, a qualifié ces accusations de "soupçons absurdes". Il a indiqué au Handelsblatt que le SPD et les conservateurs avaient laissé les infrastructures allemandes se détériorer pendant des décennies. "Avec nos enquêtes, nous mettons ces problèmes au grand jour dans l'intérêt des citoyens", a-t-il déclaré.
Markus Frohnmaier, qui a déjà été accusé à plusieurs reprises d'être proche du Kremlin, a également défendu son projet de visite à Moscou contre les accusations de "trahison" formulées par le secrétaire général de la CSU, Martin Huber. Markus Frohnmaier a déclaré que cette visite visait uniquement à défendre les intérêts de l'Allemagne.
Article de Timothy Jones traduit de l’anglais