Au Sénégal, le discours xénophobe gagne du terrain
1 septembre 2026
Au Sénégal, il y a quelques jours, la diffusion d'images d'une opération de police visant des mendiants étrangers dans le quartier de la Médina, à Dakar, a provoqué de nombreuses réactions hostiles aux étrangers. Une tension qui illustre l'émergence d'un discours xénophobe préoccupant dans ce pays.
À l'origine de la polémique : une vidéo publiée par le député nationaliste Tahirou Sarr. Celui-ci s'était rendu, de nuit, dans des abris occupés par des mendiants, notamment originaires du Niger. La vidéo a rapidement suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.
"La faute aux autres"
Pour le sociologue Pape Moustapha Sall, cette polémique traduit une évolution préoccupante du débat public au Sénégal. Selon lui, "il y a ce discours nationaliste que les Sénégalais commencent à entendre avec certaines figures, d'abord politiques, comme quoi tous les maux, la sauvagerie des jeunes, le fait que la capitale n'est pas facile à organiser, seraient la faute (des étrangers). Au lieu de se remettre en question nous-mêmes, on se dit que la faute, ce sont les autres".
Derrière cette polémique se pose également la question du statut des ressortissants étrangers et de leur présence sur le territoire sénégalais.
Pour Seydi Gassama, directeur exécutif d'Amnesty International, section Sénégal, il ne faut pas procéder à des expulsions collectives. L'État doit mettre en place un dispositif permettant d'identifier chaque situation.
"Nous savons tous qu'en vertu des textes de la Cédéao, la libre entrée sur le territoire sénégalais est de mise pour tous les récents membres de la Cédéao, assure Seydi Gassama. Mais pour s'établir au Sénégal, il faut évidemment entreprendre des formalités, pour avoir une résidence permanente au Sénégal. Malheureusement, beaucoup d'immigrés n'ont pas cette information".
Traiter chaque cas de migration individuellement
Alors que sur les réseaux sociaux, des personnes demandent que les étrangers sans domicile soient rapatriés dans leur pays, Seydi Gassama appelle plutôt à examiner les dossiers individuellement, notamment pour distinguer les personnes venues au Sénégal pour des raisons économiques de celles qui sont à la recherche d'une protection.
Il estime que "ceux qui travaillent dans le secteur formel font cette formalité, mais comme la plupart des migrants travaillent dans le secteur informel, ils ne sont pas toujours informés. Maintenant, il faut traiter les situations au cas par cas, éviter de faire des exclusions collectives. Il faut les introduire au cas par cas, voir ceux qui sont venus au Sénégal pour des raisons de sécurité, et ceux qui sont venus au Sénégal pour d'autres raisons que la sécurité. Ceux qui sont venus pour des raisons de sécurité, évidemment, on ne peut pas les renvoyer chez eux".
Pour le moment, la police n'a pas communiqué sur la suite qui sera donnée à cette opération. Sur les réseaux sociaux, le débat est encore vif et dans la rue, les mendiants continuent de tendre la main, en espérant avoir de quoi se nourrir