Au Sénégal, l’économie sous tension face à la dette
9 avril 2026
Le Sénégal traverse une période économique critique. Le Premier ministre Ousmane Sonko a prévenu la population de difficultés à venir, dans un contexte marqué par une forte récession et un endettement public alarmant.
Selon les autorités, la dette du secteur public et parapublic atteignait 132 % du PIB à la fin de l'année 2024. Le gouvernement accuse l'ancien président Macky Sall d'avoir dissimulé la réalité des finances publiques, notamment le niveau réel de la dette et du déficit budgétaire.
Cette situation a conduit le Fonds monétaire international à suspendre un programme d'aide de 1,8 milliard de dollars, conclu en 2023. Le FMI attend des explications et des engagements clairs de la part des autorités, avant toute reprise de la coopération.
Pour l'économiste sénégalais Mor Gassama, le redressement de la dette est une question de choix.
"L'avantage majeur du redressement de la dette est que cela va permettre au gouvernement d'avoir plus de marge de manœuvre. La dette sera revue, restructurée, échelonnée, ce qui va soulager un peu les finances publiques. En revanche, c'est un mauvais signal aussi pour les marchés", explique Gassama.
Restructuration ou pas de la dette ?
Après plusieurs missions d'évaluation à Dakar, des négociations ont repris à la mi-octobre, en vue d'un nouveau programme. Mais les discussions restent tendues. Le gouvernement sénégalais, qui se réclame d'une ligne souverainiste, refuse une restructuration de la dette, pourtant recommandée par certains experts internationaux.
Pape Kabo, membre de la coalition "Diomaye président" et soutien du président sénégalais, explique pourquoi le gouvernement ne s'inscrit pas dans la logique d'une restructuration de la dette.
"Accepter la restructuration, c'est accepter aussi que le FMI vous dise que vous allez renoncer à tel type d'investissement, renoncer à tel autre type d'investissement, mais plutôt aller dans tel ou tel autre sens qui peut ne pas correspondre à ce que, pour nous, sont les véritables priorités", insiste Kabo.
En attendant, l'exécutif annonce des mesures d'austérité internes : réduction des coûts liés aux déplacements à l'étranger des membres du gouvernement, tandis que de prochaines décisions sont attendues dans le secteur stratégique de l'énergie.
Malgré le contexte difficile, l'économie sénégalaise reste résiliante, estime pour sa part Seydina Oumar Seye, économiste consultant.
"Le potentiel économique du pays est là, nous avons une économie résiliente au regard des indicateurs macroéconomiques coté exportations et autres… Maintenant il y a des défis à gérer c'est-à-dire la conformité budgétaire", prévient Seye.
Confronté à une grave crise financière, le Sénégal continue de défendre sa souveraineté, dans une partie décisive pour la stabilité de son économie.