Sindé Chékété : "Nous parions sur la culture"
20 mars 2026
DW : Sindé Chékété, vous revenez de l'ITB Berlin, la grand-messe mondiale du tourisme, alors que le marché africain est très disputé. Quel argument avez-vous utilisé pour convaincre les grands décideurs du tourisme de choisir le Bénin plutôt qu'une destination déjà installée ?
Sindé Chékété : Premièrement, le Bénin a un positionnement touristique encore plus compétitif et ce que nous avons mis en valeur, ce sont les cinq axes principaux de notre stratégie touristique qui tournent autour premièrement, de l'aspect histoire et mémoire, donc l'histoire des différents royaumes du Bénin, l'histoire des Amazones et la mémoire autour de l'esclavage et de la traite des Noirs. Le deuxième aspect est tout ce qui tourne autour du patrimoine et de nos traditions, et notamment du vodoun que nous valorisons à travers les Vodun days, à travers la route des couvents et à travers également le Musée international du Vaudou, qui sera bientôt livré à Porto-Novo. Le troisième volet est tout ce qui tourne autour de l'art, de la culture et de la créativité. En plus de cela, il y a la partie nature qui montre en fait pourquoi on dit que le Bénin est un monde de splendeurs ? Le cinquième volet est le maïs, donc le tourisme d'affaires.
DW : N'est-ce pas un pari risqué que de miser autant sur les musées, alors que le tourisme mondial reste encore très dominé par le soleil et la plage ?
Sindé Chékété : Nous parions effectivement sur la culture, ce qu'est la culture. Pour nous, c'est bien plus qu'un accessoire de notre promotion touristique, c'est un levier central de différenciation, de visibilité, d'attractivité. Effectivement, le tourisme balnéaire est quelque chose que beaucoup de touristes recherchent. Nous sommes en train de mettre en place une zone balnéaire au niveau d'Avlékété à Ouidah, sur un littoral d'à peu près cinq kilomètres, où la baignade sera possible dans notre mer. Mais en plus de cela, nous avons l'aspect culturel, historique, mémoriel que peu de destinations ont aujourd'hui et peuvent aligner comme un ensemble, un package qui permet à ce que le Bénin soit aujourd'hui une des places les plus compétitives au niveau touristique.
DW : Le Bénin a été l'un des premiers pays africains à instaurer le visa et aussi la suppression de visa pour les Africains. Quel est l'impact réel de cette ouverture sur les chiffres de fréquentation ?
Sindé Chékété : Alors, on voit une hausse de la fréquentation de la destination Bénin. On voit également la facilité d'accès à cette destination. Donc, au-delà des infrastructures, des sites touristiques, il y a également comment est-ce qu'on vient au Bénin, comment est-ce qu'on se déplace pour venir au Bénin. Ce sur quoi nous avons, j'allais dire, un impact immédiat et qui est donc les visas et la gestion des visas, se fait très rapidement. Je veux ici rappeler également que pour tous les croisiéristes qui accostent sur les côtes du Bénin, il y a une exemption de visa pour 72 h.
DW : Le tourisme doit être un moteur de croissance. Quelle est la part de contribution au PIB que vous visez, notamment dans le Plan Bénin 2060 Alafia, et comment comptez-vous attirer les investisseurs privés étrangers pour accompagner l'effort de l'Etat ?
Sindé Chékété : Alors, à terme, nous souhaitons avoir une contribution du tourisme sur le PIB d'au moins 10 %. C'est très important. Le tourisme aujourd'hui est le deuxième levier de développement du Bénin après l'agriculture. Effectivement, nous souhaitons aujourd'hui avoir des investisseurs dans le secteur touristique, que ce soit au niveau des réceptifs hôteliers, que ce soit au niveau des tours opérateurs, que ce soit au niveau des opérateurs touristiques en général, des transporteurs dans le tourisme.
Tout l'écosystème touristique. Et vous savez, tout commence par montrer le chemin. l'Etat a commencé ses investissements pour montrer que, au-delà des chiffres, au-delà des paroles, il y avait une vraie volonté politique pour positionner le tourisme en tant que deuxième pilier de développement.
DW : Abordons le sujet qui préoccupe souvent les chancelleries et les voyageurs la sécurité. Les parcs de la Pendjari et du W sont des piliers de votre offre de safaris, mais ils sont situés dans des zones classées rouges par certains pays en raison de la menace djihadiste. Comment garantissez-vous aujourd'hui une expérience zéro risque aux touristes ?
Sindé Chékété : Effectivement, la zone de la Pendjari et la zone de l'extrême Nord, aujourd'hui, ce sont des zones classées rouges dans lesquelles nous n'avons pas développé d'offre touristique et dans lesquelles nous ne menons pas les touristes aujourd'hui. C'est bien dommage parce que l'offre du tourisme animalier que nous avons dans ces parcs-là, si elle était possible, serait hyper compétitive. Mais je puis vous assurer aujourd'hui que tout est mis en œuvre pour que, très bientôt, la zone du Nord où nous avons le parc de la Pendjari, le parc W, mais également les chutes de Kota, tout cet écosystème que nous avons au Nord, qui est un sujet important de tourisme, puisse être visitable à nouveau, comme vous l'avez dit, avec le risque zéro. Nous travaillons là-dessus avec l'ensemble du gouvernement, que ce soit au niveau de l'intérieur, au niveau de la défense, pour nous assurer que nous puissions sécuriser complètement cette zone-là.