1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

Au Soudan, l’usage des drones marque un tournant majeur

Mahamadou Saley
10 avril 2026

Relégué au second plan, notamment en raison des tensions liées à la guerre au Moyen-Orient, ce conflit n’en demeure pas moins l’un des plus meurtriers et déstabilisateurs de la région.

Soudan, Port-Soudan 2025 | De la fumée après des frappes de drones menées par les milices RSF contre le port dans la ville de Port-Soudan.
De la fumée après des frappes de drones des forces paramilitaires de soutien rapide (RSF) visant le port dans la ville de Port-Soudan (La mer Rouge).Image : AP Photo/picture alliance

Le conflit au Soudan, qui oppose les Forces armées soudanaises (SAF) aux paramilitaires des Forces de soutien rapide, s'inscrit dans une lutte de pouvoir entre deux anciens alliés devenus ennemis. Une rivalité qui continue de faire de nombreuses victimes, en particulier parmi les civils.

Aujourd'hui, les affrontements connaissent une évolution majeure avec l'introduction et l'intensification de l'usage des drones. Ces nouvelles capacités militaires permettent des frappes à distance, plus fréquentes et parfois moins ciblées, accentuant ainsi les pertes civiles et rendant un conflit déjà complexe encore plus difficile à contenir.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme, plus de 500 civils ont été tués par des frappes de drones entre janvier et la mi-mars, principalement dans les zones stratégiques du Kordofan.

Des frappes meurtrières

Les violences récentes illustrent la gravité de la situation. Les dernières frappes ont fait douze morts, dont six enfants, dans une ville contrôlée par des paramilitaires dans l'État du Darfour-Nord.

Cette intensification de l'usage des drones marque un tournant dans la conduite de la guerre. Elle tend, selon des observateurs à rééquilibrer le rapport de force entre les Forces armées soudanaises, soutenues notamment par l'Égypte, la Turquie et la Chine, et les Forces de soutien rapide, appuyées par les Émirats arabes unis.

"Il y a quelques mois, lorsque l'armée soudanaise a repris une grande partie de la région de Khartoum, l'usage nouveau qu'elle avait fait des drones lui avait donné un avantage décisif. Depuis, vous imaginez que les forces de soutien rapide ne sont pas restées sans réponse. Eux-mêmes possèdent maintenant des drones", a expliqué Jacky Mamou, président du collectif Urgence Darfour.

Il déplore que "les drones, malheureusement, très souvent, frappent des zones civiles. Je crois qu'il y a eu récemment un événement dramatique, où des drones ont fait beaucoup de pertes civiles. La guerre s'étend quand même à des régions qui étaient jusqu'à maintenant moins touchées.”

Cette photo prise le 20 mai 2025 montre des unités de contrôle de drones saisies par l’armée soudanaise dans un bastion des Forces de soutien rapide (RSF), dans la zone d’Al-Salha, à Omdourman, au Soudan. Image : Sudanese Ministry of Culture and Information/Xinhua/picture alliance

Des intérêts extérieurs

Selon l'analyste, cette guerre, qui a déjà provoqué plus de douze millions de déplacés et plongé près de 33 millions de personnes dans une situation d'insécurité alimentaire à travers le Soudan, est également entretenue par des soutiens extérieurs, notamment via la fourniture de drones. Chaque camp y poursuit ses propres intérêts stratégiques et économiques.

"On peut imaginer que l'Égypte et la Turquie qui sont dans le voisinage du Soudan misent sur l'armée pour assurer une stabilité. On peut imaginer que les Émirats arabes unis qui sont des grands spécialistes du traitement de l'or ont des intérêts économiques, parce que les forces de soutien rapide contrôlent les mines d'or. Donc, voilà, il y a des intérêts divers qui font que cette guerre continue” a précisé Jacky Mamou

Répercussions régionales

Malgré l'attaque sur son territoire, le Tchad ne prévoit pas d'entrer en guerre. Toutefois, selon Jacky Mamou, N'Djaména pourrait s'impliquer davantage aux côtés des Forces armées soudanaises, notamment en raison de proximités d'ordre communautaire.

Dans un contexte où les alliances régionales et les intérêts économiques se mêlent aux enjeux sécuritaires, l'évolution du conflit au Soudan laisse craindre une aggravation de la crise humanitaire et une extension progressive des violences au-delà de ses frontières.

 

Mahamadou Saley Correspondant DW Maradi
Passer la section A la une

A la une

Passer la section Plus d'article de DW