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La Syrie, un an après la chute de Bachar al-Assad

8 décembre 2025

Si la Syrie a réussi à sortir de l’isolement international depuis le 8 décembre 2024, le pays n’en est encore qu’au début de sa reconstruction. Analyse.

Des habitants à Homs célèbrent le premier anniversaire de la chute de Bachar al-Assad.
Des dizaines de milliards de dollars seront nécessaires pour reconstruire la Syrie. Image : Sally Hayden/SOPA Images/ZUMAPRESS.com/picture alliance

Ce 8 décembre marque le premier anniversaire de la chute du dictateur Bachar al-Assad. Des milliers de Syriens sont descendus aujourd'hui dans les rues de Damas pour célébrer ce tournant ayant marqué la fin de près de 14 années de guerre civile et de crise économique. 

Si le nouveau dirigeant syrien Ahmad al-Chareh s'emploie à réhabiliter son pays sur la scène internationale, le quotidien reste difficile dans ce pays toujours en ruines. 

Certes, le temps où des hélicoptères lançaient des barils d'explosifs et l'aviation russe menait des frappes aériennes sur des centres médicaux, sous le régime al-Assad est révolu. 

La capitale Damas est relativement calme, et selon Syria Weekly, une newsletter de Charles Lister de l'Institut du Moyen-Orient, les niveaux de violence sont en baisse.  

Un paysage sécuritaire "fragmenté"

Mais, comme l'a observé le Conseil de sécurité des Nations unies dans une note de novembre dernier, "la Syrie continue de faire face à un paysage sécuritaire fragmenté"

Des affrontements ont encore lieu entre les forces de sécurité des nouvelles autorités syriennes et d'autres groupes à travers le pays, comme ceux qui appartiennent aux minorités kurdes et druzes de Syrie. 

La situation sécuritaire reste volatile en Syrie et les forces armées du nouveau gouvernement ont été accusés d'exactions.Image : Khalil Ashawi/REUTERS

Bien que tombées sous les radars, des forces pro-Assad sont encore présentes. On assiste également à une résurgence du groupe terroriste de l'État islamique qui profite des mailles du filet sécuritaire actuel. 

En somme, les nouvelles autorités syriennes n'exercent pas un contrôle total sur le pays, indique un rapport récent de l'Agence européenne pour l'asile (EUAA). "Des incidents hors-la-loi, de criminalité et de représailles violentes sont signalés", note l'agence. 

Justice : la justice transitionnelle manque de "soutien du gouvernement central"

Des actes de violence visent notamment les personnes associées à l'ancien régime. Le chantier de la justice transitionnelle pour juger les crimes commis par la dictature et d'autres groupes armés est au cœur de cette problématique de l'après Assad, estime le Syria Justice and Accountability Centre (SJAC) basé à Washington, dans un article de septembre. 

En mai, deux commissions indépendantes ont été créées par le nouveau gouvernement. L'une se concentre sur la recherche des milliers de Syriens encore portés disparus, et l'autre sur les crimes commis par le régime de Bachar al-Assad. 

Le SJAC explique que si la commission sur les portés disparus a été la plus active, la seconde "a moins progressé, probablement en raison d'un soutien mois affirmé du gouvernement central".

Des groupes comme Human Rights Watch ont également critiqué la Commission nationale pour la justice de transition, qui ne s'intéresserait qu'aux crimes commis par la dictature, mais qui négligerait ceux commis par d'autres groupes comme, potentiellement, le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS) de l'actuel président par intérim Ahmad al-Chareh et ses alliés.  

Politique : vers une démocratie ou un retour de l'Etat autoritaire ? 

La Syrie a organisé ses premières élections relativement libres pour les représentants parlementaires, plus tôt cette année. En raison des circonstances, les responsables ont expliqué que l'élection ne pouvait pas être directe, préférant un système de collèges électoraux. Ahmad al-Chareh doit rester président par intérim jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution.  

La recherche de portés disparus est toujours en cours en Syrie.Image : Yamam Al Shaar/REUTERS

La Syrie est déjà passée par une phase de dialogue national en vue de rédiger cette nouvelle loi fondamentale. 

Mais de sérieuses divergences entre le pouvoir intérimaire et certaines communautés sur la future gouvernance du pays subsistent. Les critiques affirment également qu'Ahmad al-Chareh consolide son pouvoir et se comporte de plus en plus comme un autocrate. 

"Il est sûrement trop tôt pour parler de démocratisation de la Syrie, mais les nouvelles institutions qui ont émergé représentent un modeste retour dans la politique électorale", estime Patricia Karam, chercheuse au Centre arabe de Washington. "Ces développements placent la Syrie à un moment charnière : le pays pourrait évoluer vers une véritable gouvernance participative, ou rechuter dans l'autoritarisme." 

Politique étrangère : la réhabilitation de la Syrie sur la scène internationale 

C'est dans ce domaine que la Syrie a probablement connu les plus grands changements. Des ambassades fermées sont rouvertes et les nouveaux maîtres de Damas, à l'image d'Ahmad al-Chareh et de son ministre des Affaires étrangères, enchaînent les voyages officiels à l'étranger. 

Cette évolution est d'autant plus notable qu'Ahmad al-Chareh, autrefois allié du groupe terroriste Al-Qaïda et connu pour son passé brutal de djihadiste, figurait sur de nombreuses listes de sanctions. 

Il y a encore quelques années, les Etats-Unis offraient une récompense de dix millions de dollars pour toute information permettant de le localiser. 

Les Etats-Unis ont retiré le président syrien par intérim Ahmad al-Chareh (à gauche) de leur liste noire des personnalités considérées comme terroristes.Image : SANA/AFP

Tout a changé depuis sa prise de pouvoir. Ahmad al-Chareh s'est adressé à l'Assemblée générale de l'Onu, en septembre, et en novembre, il est devenu le premier dirigeant syrien à visiter la Maison-Blanche depuis 1946. 

Aussi, les responsables syriens sont entrés en contact avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu, y compris la Chine, mais surtout la Russie, ancien allié du régime Assad et qui ciblait les hommes du groupe HTS. 

Le principal défi en matière de politique étrangère en Syrie est probablement les incursions continues d'Israël sur le territoire syrien. Les opérations militaires israéliennes risquent de "mettre en danger les civils, attiser les tensions régionales, miner l'environnement sécuritaire fragile et menacer la transition politique", a déclaré en novembre l'envoyée spéciale adjointe de l'Onu pour la Syrie, Najat Rochdi. 

Société : "Les familles rentrent et ne trouvent que des ruines"

Selon les derniers chiffres, près de 2,9 millions de Syriens sont retournés chez eux depuis la fin de la guerre. Parmi eux, se trouvent environ 1,9 million de personnes déplacées à l'intérieur de la Syrie. 

Le Conseil norvégien des réfugiés observe que "de nombreuses familles retournent en Syrie pour ne trouver que des ruines ... les gens reviennent dans des infrastructures endommagées, des écoles et hôpitaux détruits, et il y a des disputes sur la propriété de leur maison". 

En novembre, le Comité international de secours (IRC) a expliqué que "plus de la moitié des réseaux d'approvisionnement en eau et quatre réseaux électriques sur cinq sont soit détruits, soit non fonctionnels".