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Taïwan boycotte la réunion de l’OMC à Yaoundé

24 mars 2026

Taïwan juge inacceptable d’être qualifiée de "province de Chine" par le Cameroun dans les documents officiels.

Suisse | Ouverture de la 12e réunion du Conseil des ministres de l'OMC à Genève
La conférence ministérielle, organe décisionnel suprême de l'OMC, se tiendra du 26 au 29 mars à Yaoundé. Image : Xinhua News Agency/picture alliance

Taïwan ne participera pas à la réunion de l’OMC prévue du 26 au 29 mars à Yaoundé. En cause, la désignation utilisée par le Cameroun dans les documents de visa, qualifiant l’île du nom de "Taïwan, province de Chine". Une formulation jugée inacceptable par Taïwan qui rappelle que l’île a rejoint l’OMC en tant que territoire douanier distinct et insiste sur son droit égal à participer aux travaux de l’organisation. Cet épisode confirme que le Cameroun reste fermement aligné sur Pékin. La Chine considère en effet Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas encore réussi à unifier.

Le Cameroun est l'hôte de cette rencontreImage : Lian Yi/Xinhua/picture alliance

La résolution 2758, au cœur d’une interprétation contestée

Le Cameroun a autrefois reconnu Taïwan, mais, dès 1971, Yaoundé a choisi de transférer sa reconnaissance diplomatique à la République populaire de Chine. Le Cameroun adopte ainsi le principe d’une seule Chine, soutenu par l'Onu, explique le professeur Joseph Vincent Ntuda Ebode, directeur du Centre de recherches d’études politiques et stratégique à l'Université de Yaoundé II.  

"Tous ceux qui sont membres des Nations Unies savent que, par la résolution 2758 de l'Onu de 1971, Taïwan est reconnue comme une partie intégrante de la Chine. Taïwan n'est donc pas un État à part, c'est une partie du territoire de la Chine. Et sur ce principe, le Cameroun ne s'ingérera pas dans les affaires intérieures des autres États", ajoute Joseph Vincent Ntuda Ebode

Ceci est en fait l’interprétation de Pékin. La résolution de 1971 a reconnu la République populaire de Chine comme la seule représentante légitime de la Chine à l’Onu. 

Le texte n’inclut toutefois aucune reconnaissance explicite de Taïwan, comme partie intégrante de la République populaire de Chine. 

La Chine s'oppose à tout ce qui paraîtrait conférer à Taïwan, reconnu diplomatiquement par seulement une dizaine de pays dans le monde, le statut d'Etat indépendant.Image : AFP/dpa/picture-alliance

Des alliances africaines remodelées par la montée de la Chine

Avant 1971, le Cameroun, comme de nombreux pays africains fraîchement indépendants, entretenait des relations diplomatiques avec Taïwan. Sénégal, Gambie, Tchad, Niger, Liberia, Burkina Faso : autant de nations qui coopéraient étroitement avec Taïwan, avant de changer d’alliance avec la montée en puissance de Pékin, associée à des incitations financières et diplomatiques.  

"La Chine populaire a eu une politique diplomatique offensive, c'est-à-dire que chaque pays qui souhaitait avoir des relations diplomatiques avec la Chine devait immédiatement, en contrepartie, rompre les relations diplomatiques qui existeraient avec la République démocratique de Chine, c'est-à-dire ce qu'on appelle Taïwan aujourd'hui", rappelle Patrick Mboyo Bakambo, docteur en droit et chercheur en droit public et en sciences politiques à l’université Paris-Saclay en France. 

L’Eswatini est le seul pays africain de l’Onu à reconnaître officiellement aujourd’hui Taïwan comme un État souverain. Taipei soutient activement le royaume, notamment en matière de santé, d’éducation et de reconstruction, tout en évitant toute critique sur la gouvernance autoritaire du régime. 

En janvier 2026, l’Union africaine a rappelé son attachement ferme au principe d’une seule Chine, rejetant toute indépendance de Taïwan. 

Taïwan, puissance technologique malgré l’isolement diplomatique

Le champion taïwanais TSMC fabrique aujourd’hui les puces les plus avancées au monde, avec une technologie de 2 nanomètres entrée en production fin 2025.Image : Michael C Turner/Zoonar/picture alliance

Malgré un isolement diplomatique croissant, Taïwan reste un acteur technologique essentiel au niveau mondial. 

"Alors, Taïwan, on en parle beaucoup lorsqu'on parle des semi-conducteurs, c'est-à-dire tout ce qui est informatique, électronique. Ce sont des technologies de pointe que Taïwan conçoit avec l'aide de beaucoup de pays occidentaux. C'est en se posant comme un des principaux producteurs de ces technologies de pointe que Taïwan cherche à obtenir une stature", affirme rappelle le professeur Joseph Vincent Ntuda Ebode. 

Taïwan contrôle près de 90 % du marché des serveurs dédiés à l’intelligence artificielle. La proportion est similaire pour les micro-processeurs haut de gamme. L'île demeure un partenaire potentiel de grande valeur pour l’Afrique, notamment dans l’agriculture, la santé et la formation professionnelle, où Taïwan a déjà démontré un véritable savoir‑faire. 

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