Au Tchad, quel est le poids réel de l'Église catholique ?
2 février 2026
A N’Djamena, la capitale tchadienne, les travaux de la 13ᵉ Assemblée plénière de l’Association des conférences épiscopales de la région d’Afrique centrale, l’Acérac se sont achevés le 1er février. Les évêques des six pays membres d’Afrique centrale ont échangé sous le thème : Les défis de l’Église , famille de Dieu en Afrique centrale : 30 ans après la publication de l’exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa ".
Pendant huit jours, les évêques présents à N’Djamena ont menés des réflections et tracer de nouvelles perspectives pastorales. Cependant, sur place, de nombreux chrétiens s’interrogent sur la faible influence de l’Église catholique dans un pays qui est majoritairement musulman.
"Trop peu influente"
Beaucoup de fidèles catholiques tchadiens expriment le sentiment que l’Église catholique est trop peu influente au Tchad et qu’elle reste passive face à certaines dérives du pouvoir.
Ces croyants aimeraient voir l’Église du Tchad s’engager avec la même vigueur que l’Église catholique du Congo, notamment à travers les actions de la Conférence nationale des Évêques du Congo (Cenco), qui se positionne parfois sur des questions politiques.
Cependant, ces critiques sont jugées infondées par Samuel Mbaïrabé Tibibgar, évêque de Koumra, dans le sud du pays. Pour lui, l’Église du Tchad joue pleinement son rôle.
"Nous avons notre façon d’agir. Il ne s’agit pas d’une question d’influence" estime-t-il tout en précisant que l'Église est là pour réconcilier les Tchadiens et non "pour prendre des positions en faveur de tel ou tel, ou bien contre tel et tel". Pour l'évêque de Koumra "ce n’est pas ça, la mission de l’église".
Selon l'évêque Samuel Mbaïrabé Tibibgar, "l’Église ne fait pas de la politique politicienne. Nous agissons et nous nous prononçons sur certains sujets qui touchent le vivre-ensemble des Tchadiens, qui touchent à la paix, le respect de la dignité humaine. Lorsqu’il y a des dérives, l’Église catholique du Tchad ne s’est jamais tue. Donc, ceux qui disent que l’Église catholique n’a rien fait, peut-être que ceux-là attendent autre chose. S’ils veulent qu’on organise des marches comme cela se fait au Congo, il faut reconnaître qu’au Congo, ce sont les fidèles qui se mettent au-devant et non les évêques. Donc, si les fidèles veulent être au-devant, on va les suivre".
Une église jeune mais active
Un avis que partage également l’universitaire et politologue tchadien, Evariste Ngarlem Toldé. Il souligne que, bien que jeune, l’Église catholique a réalisé plusieurs actions sociales tout au long de son parcours.
"À la différence de certains pays d’Afrique en général et d’Afrique centrale en particulier, dont la République centrafricaine et les deux Congo, l’Église catholique du Tchad est l’une des plus jeunes églises d’Afrique" rappelle-t-il tout en précisant que "c’est au début du 20e siècle que les premiers missionnaires catholiques sont arrivés au Tchad. Mais l’Église catholique est une Église dynamique, structurée et active dans l’éducation, la santé et le développement. Il faut se rendre à l’évidence que l’Église grandit encore dans notre pays ".
Selon les dernières estimations démographiques, le Tchad est majoritairement musulman, avec environ 55 % de musulmans et 41 % de chrétiens. Parmi ces chrétiens, le nombre de protestants, ou évangéliques, est légèrement supérieur à celui des catholiques.
Ces chiffres pourraient expliquer la relative faible influence de l’Église catholique au Tchad.