Fermeture des frontières du Tchad avec le Soudan
23 février 2026
Au Tchad, le gouvernement a annoncé, dans un communiqué, la fermeture de ses frontières terrestres avec le Soudan jusqu'à nouvel ordre. Cette décision fait suite, selon les autorités tchadiennes, aux incursions répétées et aux violations successives de la frontière tchadienne par les forces en conflit au Soudan.
Ces derniers mois, les éléments des Forces de soutien rapide, les FSR, en lutte contre l'armée nationale soudanaise et son chef, ont été régulièrement accusées d'exactions à l'encontre de civils. Les FSR sont aussi accusées de s'en prendre à des militaires tchadiens.
Comment peut-on comprendre ces tensions entre le Tchad et les insurgés soudanais, que N'Djamena et les Émirats Arabes Unis sont pourtant accusés de soutenir ?
"Prévenir tout risque d'extension"
Le communiqué, signé par Gassim Cherif, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement tchadien, indique que la fermeture de la frontière "vise à prévenir tout risque d'extension du conflit soudanais" sur le sol tchadien :
"Pour les autorités tchadiennes, la fermeture de la frontière avec le Soudan a aussi pour objectif de "protéger leurs concitoyens ainsi que les populations réfugiées, tout en garantissant la stabilité et l'intégrité territoriale du Tchad."
Le Darfour limitrophe
La province du Darfour, particulièrement disputée par les parties en conflit au Soudan, est limitrophe du Tchad.
Le 15 janvier dernier, les Forces de soutien rapide ont poursuivi des milices rivales jusqu'au Tchad. Dans la foulée, une position de l'armée tchadienne a été attaquée, causant la mort de sept soldats.
Ce week-end encore, un violent affrontement a opposé les éléments des FSR aux troupes tchadiennes.
Pour Roger Alladoum, un travailleur humanitaire à Adré, la fermeture de la frontière est une bonne décision :"C'est une bonne décision que le Tchad ferme sa frontière avec le Soudan. Depuis décembre, cette zone est très dangereuse. Chaque jour, des hommes armés venus du Soudan attaquent et tuent des gens tranquillement, y compris parfois des soldats. Ce n'est pas normal. Même nous les travailleurs humanitaires, nous ne sommes pas en sécurité. Le Tchad a bien accueilli des réfugiés soudanais, donc il n'y a pas de raison pour que les Tchadiens souffrent à cause de la guerre au Soudan. J'approuve la fermeture de la frontière du Tchad avec le Soudan."
Soupçons de soutien aux FSR
Les tensions entre l'armée tchadienne et les insurgés soudanais constituent un fait suprenant. Le Tchad est souvent accusé de soutenir les Forces de soutien rapide en laissant acheminer du matériel des Emirats Arabes Unis aux insurgés. Accusations régulièrement balayées par N'Djamena.
Pour l'analyste politique Yamingué Betinbaye, cette situation s'explique par le rapprochement des combats, de la zone frontalière.
"Depuis la chute de Alfasher, explique-t-il, il y a un rapprochement graduel des théâtres d'opération vers la frontière tchadienne jusqu'à ce qu'il y ait des opérations carrément au niveau de la frontière comme c'est le cas à Tinné au cours du week-end dernier et qui se poursuivent d'ailleurs. Donc les incursions répétées des rebelles du RSF sur le territoire tchadien s'expliquent avant par le fait que les affrontements entre les éléments de Hemedti et l'armée régulière se rapprochent dangereusement de la frontière tchadienne. Et c'est pour ça que du fait des courses poursuites entre les belligérants ou bien du fait de la recherche d'une base arrière que ce soit par les forces conjointes ou par les éléments du RSF il y a ces incursions répétées".
Le communiqué du gouvernement tchadien précise en outre que des dérogations exceptionnelles, strictement motivées par des raisons humanitaires, peuvent être accordées à des personnes voulant franchir la frontière.
Depuis le début du conflit soudanais, plus d'un million de réfugiés ont été enregistrés sur le sol tchadien d'après le Haut-commissariat de l'Onu pour les réfugiés.