1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

Au Tchad, des appels à gracier des opposants emprisonnés

10 août 2026

Le 11 août, le Tchad célèbre ses 66 ans d'indépendance, alors que la situation politique dans le pays demeure précaire, avec une opposition de plus en plus fragilisée.

Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno lors de sa cérémonie d'investiture en 2024.
Pour de nombreux observateurs, sous Mahamat Idriss Deby, les interpellations et condamnations ont affaibli l'opposition tchadienne.Image : MOUTA/dpa/picture alliance

La fête nationale est une occasion pour le chef de l'État, entre autres, de gracier des détenus. Alors que des personnalités de l'opposition tchadienne sont actuellement en détention, cette situation polarise aujourd'hui le débat public. 

Pour sortir de cette crise, certaines voix influentes plaident pour que ces prisonniers soient libérés.

Quelle est la situation politique au Tchad ? 

C'est en mai 2025 que l'ancien Premier ministre et leader du parti Les Transformateurs, Succès Masra, est arrêté. Accusé d'incitation à la haine et de complicité d'assassinat lors de l'attaque du village de Mandakao, dans le Logone-Occidental, le 14 mai de la même année, il sera condamné à 20 ans de prison en août. Pour ses avocats, il s'agissait d'un procès politique. 

"Il y a un affaiblissement de l'ensemble des contre-voix"

This browser does not support the audio element.

Quoi qu'il en soit, Succès Masra est en détention depuis un an maintenant et, alors que les voix critiques sont de plus en plus réticentes à s'exprimer au Tchad, le parti Les Transformateurs, quela DW a contacté au sujet de son fonctionnement sans son leader, dit observer "une pause médiatique".

Outre Les Transformateurs, les membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), la principale coalition d'opposition du Tchad, ont également vu leurs leaders arrêtés en avril dernier. 

Reconnus coupables d'avoir fomenté une insurrection alors qu'ils cherchaient à organiser une marche pacifique, ils ont été condamnés en mai à huit ans de prison ferme et leur regroupement a été dissous par la Cour suprême.

Ces interpellations et condamnations affaiblissent l'opposition tchadienne, selon le chercheur Remadji Hoinathy.

"Il y a un affaiblissement donc clair de l'ensemble des contre-voix. Pas seulement les partis d'opposition, mais il y a aussi un amenuisement de l'espace d'expression, aussi bien de la société civile, des acteurs de défense des droits de l'Homme, que des médias", explique Remadji Hoinathy.

Et selon le chercheur, "ceci est un handicap assez clair pour le projet démocratique tchadien. Sans opposition réelle, sans contre-voix réelle, on est dans une sorte d'entre-soi qui empêche le débat critique et contradictoire, nécessaire justement à une analyse sérieuse sur comment le pays est dirigé, comment les Tchadiens vivent et quelles solutions trouver ensemble pour avancer."

"C'est le moment de faire la paix entre les Tchadiens..."

This browser does not support the audio element.

Que peuvent faire les autorités ?

Pour le sociologue Felix Mbete, la célébration de la fête nationale est une occasion pour le pouvoir tchadien de"se réconcilier avec les opposants politiques de l'intérieur".

Il signale par ailleurs qu'il y a "des rébellions armées, il y a des opposants qui veulent utiliser encore la violence pour parvenir au pouvoir. Il faudrait aussi s'asseoir, parce que ça fait bientôt, depuis 1966, que la guerre civile existe au Tchad, et la plupart des Tchadiens sont fatigués. Il faut trouver un compromis. Il faut qu'on arrête, qu'on tourne la page et on espère que 2026... 66 ans d'indépendance, c'est le moment de faire la paix entre les Tchadiens, la paix des braves."

Au-delà de la question d'une éventuelle libération des leaders politiques, l'une des interrogations les plus urgentes est celle de leurs conditions de détention. Leurs proches évoquent notamment la dégradation de leur état de santé pour réclamer leur remise en liberté.