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Des réactions au Tchad après le retrait du pays de la CPI

29 juillet 2026

Le Tchad a annoncé lundi (27.07.2026) sa décision de se retirer de la Cour pénale internationale. Le gouvernement tchadien dénonce une juridiction à "géométrie variable."

Pays-Bas | La Haye | Siège de la Cour pénale internationale
Fondée en 2002, la CPI a pour mission de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves commis dans le monde, lorsque les pays n'ont pas la volonté ou la capacité de le faire eux-mêmesImage : Peter Dejong/AP/dpa/picture alliance

Au Tchad, les réactions continuent après l'annonce de ce retrait de la CPI. Des dossiers liés à des crimes supposés attribués notamment au pouvoir, pourraient être rangés. 

"C'est depuis 2022 que le dossier a été déposé au niveau de la Cour pénale internationale. Moi, en tant que victime directe, j'exhorte et j'appelle tous mes frères et sœurs, victimes directes ou indirectes du 20 octobre, à rester sereins". 

Service Ngardjelai, est l'une des victimes de la répression des manifestations du 20 octobre 2022 qui ont fait entre 50 et 150 morts, selon les Nations unies. C'est ainsi qu'il réagit à la décision des autorités de son pays de se retirer de la Cour pénale internationale.  

Fin 2022, des acteurs politiques comme Succès Masra et des avocats, notamment maître Vincent Brengarth, ont fait plusieurs signalements auprès de la CPI après la répression sanglante des manifestations contre la transition militaire.  

Plusieurs personnalités africaines ou citoyens du continent sont déjà passés devant la CPIImage : Rob Keeris/AFP/Getty Images

Le Tchad et les crimes au Soudan

L'avocat Vincent Brengarth rappelle le contexte dans lequel le Tchad entend se retirer, aujourd'hui, du Statut de Rome.   

"On a surtout le sentiment qu'il s'agit d'une décision et d'une justification sous forme de prétexte, sur fond de pressions exercées par les États-Unis contre la Cour pénale internationale, mais également sur fond de risques qui peuvent exister contre le Tchad, notamment en lien avec la situation au Darfour." 

Le Tchad est, en effet, accusé par l'armée soudanaise, et par plusieurs ONG, de faciliter les envois d'armes venues des Émirats arabes unis (EAU), à destination des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), qui s'opposent depuis 2023 à l'armée soudanaise.  

Le Tchad est accusé par l'armée soudanaise et par plusieurs ONG de faciliter les envois d'armes aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), qui s'opposent depuis avril 2023 à l'armée soudanaiseImage : Rapid Support Forces (RSF)/AFP

Le Tchad sur les traces des États-Unis

Ce retrait intervient alors que les États-Unis ont lancé, mi-juillet, une offensive diplomatique contre la Cour accusée de "menacer" les Américains.  

Pour Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel à Amnesty International, les attaques de Washington fragilisent la CPI.

"La position américaine ne fait que saper la portée de l'action de la CPI et favoriser les critiques délégitimant l'institution judiciaire internationale. Il faut noter que la CPI a ouvert des enquêtes au cours de ces trois dernières années sur plusieurs théâtres brûlants, allant au-delà de l'Afrique, et cela lui a valu beaucoup de critiques de la part d'acteurs importants qui ont, pour la première fois, décidé de ne pas coopérer avec la CPI dans ces mandats d'arrêt, mais aussi de saper l'action de la CPI et même, d'intimider le personnel de la CPI." 

En ce qui concerne le Tchad, selon l'avocat Vincent Brengarth, cette décision de retrait va avoir des conséquences juridiques importantes.

"Cette décision de quitter la CPI par le Tchad est extrêmement opportuniste parce qu'il existe un véritable risque judiciaire, et cette décision de retrait va entraîner plusieurs séries de conséquences. Elle va entraîner, comme première série de conséquences, l'impossibilité pour la Cour d'exercer une compétence automatique concernant de nouveaux faits commis au Tchad. Elle va également entraîner des difficultés à pouvoir exercer un levier de coopération judiciaire". 

La décision du Tchad fait suite à celles des régimes militaires sahéliens du Burkina Faso, du Mali et du Niger qui ont, eux aussi, annoncé leur retrait de la CPI, début juillet, la qualifiant d'"instrument de répression néocoloniale aux mains de l'impérialisme". 

Auteure : Fleur Prisca Konkobo

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